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29/05/2008

FOIRE A TOUT

En vrac, quelques perles :

Le cinéma tourne en rond mais sa vitesse malgré l'habitude nous grise encore, c'est dire où nous sommes tombés, engainés d'absences de toutes sortes.
La Présence pourtant, c'est à deux pas, sans complications ni affèteries inutiles, encore faut-il oser s'y confronter.
Il y a des évidences qui à chaque fois qu'elles sont énoncées, émeuvent par le scandale qu'elles recouvrent sans bruit, qu'elles étouffent de banalité ; des évidences qui à bien y regarder pourraient tout aussi bien s'avérer fausses et nous plonger alors dans la perplexité la plus inopérante.
Car au fond, rien n'est vrai puisque chacun a ses raisons et qu'aucun Bien ne ressort de la floraison des motifs.
Le brûlant strip-tease de la Femme Fatale n'existe pas plus que le velléitaire Magicien d'Oz : nous dormons.

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27/05/2008

PARADOXES

Ce que l'un voit, l'autre le néglige et ce que celui-ci croit avoir imaginé, celui-là l'entretient.

Mille fois sertie, l'image s'échappe ; infiniment volatile, la forme s'ancre.

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15:05 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bong Joon-Ho; Brian de Palma | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

26/05/2008

INSTANTANE

L'odeur des carreaux froids et les feux de janvier
éloignent les chimères. La guerre a commencé
aux écuries qui sentent la pastille de vin.


(Michel Marmin, inédit)

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Lorsque le monde ne connaît plus de frontières et que les lieux deviennent arbitraires, le mot "Heimat" ne rend plus la notion de lieu, mais celle de temps. Si le cinéma ne peut arrêter le temps qui passe, il peut discourir à son sujet. Le cinéma peut être une “Heimat”.

(Edgar Reitz, auteur de la trilogie Heimat)

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20/05/2008

EMPHASE ET MELANCOLIE

A quel moment, la machine a-t'elle commencé à se gripper ?

Chaque matin était érotiquement semblable au soir de la veille ; la brise fraîche, tout juste parfumée, était la même des semaines durant ; tous les mois après Mai, les oiseaux s'éclipsaient derrière l'érable, sans un bruit de trop. A défaut des lignes de ta main que j'ai jamais su lire, je m'étais attaché des années, sur le duvet en lacis de ton épaule, sans trop d'astuces ni de chiqué, à réinventer ta vie sans que tu en doutes, agrémentant de sentiers de hasards, de chemins de contrebande, de venelles tentantes, les spirales blondes d'un destin facile. Qui a glissé en premier ? Qui le premier a surpris ses plaies en train de se rouvrir, à grands renforts de cris perçants et d'éclats de bois mort ? Qui s'est empressé de nourrir à nouveau ses spectres, à l'aise au milieu de leurs râles, ceux qu'il avait tant craint d'oublier ?

Le Mal est avant tout un souvenir qui s'éteint, avec sa souffrance devenant indistincte, quand une peine encore vive, dont la précision des détails tout à la fois crucifie et rassure, n'est que du mauvais temps. Je vois encore le rose sous le fard et l'iris sous la taie, je sens encore la tendresse de ta peau sous les couches de suie et les années mortes.

Lorsque ces images deviendront vagues et ces formes confuses, alors seulement commencera le passé.

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13/05/2008

L'ANTI-JULES ET JIM

Godard, la verve et la hargne ; Truffaut, le mièvre et le charme : le second marqua une seule époque quand le premier choisit de se méfier de toutes les autres. A l'un, la reconnaissance du ventre, à l'autre la défiance du mausolée.

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Bande à part, l’un des plus beaux Godard, encore dans les nuances du gris – et de son lieu électif : la peinture, mêlée d’ombre claustrale, de gravats et de pluie.

Ces mots qu’au vent noir je sème / Qui sait si vous les entendez. Mais rien ici et là n’a été dit pour être entendu ni compris. Comme un qui enverrait des roses à ses souvenirs.

Deux hommes et une femme : constellation dépourvue de ciel ; contre-temps : toujours un coeur qui manque à la mesure. Si l’on en faisait un temps à part ? si on ne se léchait plus la pomme ni le cul ? si on transposait ces coups de langue ? si on ne sublimait pas pour autant ? si on vivait par procuration ?

Ronde tête à couettes d’Anna Karina, lors de la magnifique séquence du cours d’anglais. Lucide et démodée, elle porte en elle (et les porte de la plus pessoenne des façons, c’est-à-dire sans souci d’aucun passage à l’acte) tous les rêves du monde ; et l’on entend la voix impersonnelle du professeur où le Roméo de Shakespeare cherche un poison en vers de onze syllabes pour rejoindre Juliette
. (Jacques Sicard)