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07/01/2011

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Je me tenais là, les bras ballants, devant cette salle où plus jeune je m'étais persuadé que la vie devait, pour valoir la peine, recéler quelques ingrédients essentiels : des femmes qui rient aux éclats, des hommes qui apaisent, des villes qui enserrent ou qui réchauffent mais qui jamais n'indiffèrent, des souvenirs qui comblent, de la peur qu'on déjoue, ce genre de choses. Mais ceci expliquant sans doute cela, le cinéma avait désormais laissé la place à une banque vantant ses crédits.

Les derniers seront les premiers ? Je crois plutôt que les riches continueront de s'empiffrer, les pauvres de les envier, les gagnants de parader et les perdants de tout perdre : le diable chie toujours sur le même tas.

Lucrèce, Godard, Parvulesco, Jaime Semprun, Badiou, Stephan George, Borzage, la Belgique, Berlusconi ; une seule explication à cet intempestif côtoiement : la sortie du nouveau numéro d'Eléments.

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06/01/2011

60

Lorsqu'une femme vous quitte, la plus grande souffrance n'est pas de se remémorer le miracle des moments partagés, c'est de réaliser que même si elle revenait, celui-ci ne pourrait plus jamais se produire.

Est-ce le mauvais temps qui désespère ou bien l'âme assombrie qui va jusqu'à donner aux reflets du soleil la forme de blessures, et à la brise tiède cette odeur suffocante ? 

Je veux encore errer, le dimanche en fin de journée, dans les allées désertes de l'aquarium du Trocadéro, je veux retrouver le sel de Dieppe et l'acidité des merceries de Belleville, je veux une fois encore croiser sur ce pont Brigitte Lahaie et sa faux, ressentir la peur et le désir qu'elle savait si bien relier d'un geste, je veux continuer d'être ce personnage insensé d'Et vogue le navire, qui passe en boucle en plein naufrage, des films lui parlant d'autrefois. Je veux rester encore un peu avec Jean Rollin.

11:19 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : jean rollin | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

05/01/2011

59

Elle le trompe. Il aimerait faire le beau, tenter la commisération, lui expliquer doctement qu'elle se trompe, mais il sait bien que c'est ainsi qu'il la tromperait.

Il faut imaginer le Grand Réac et le Grand Progressiste comme deux manitous, deux figures avec beaucoup de plumes et de fidèles, une partie d'entre eux applaudissant à la moindre maxime lancée par les chefs, mais une autre partie, plus royaliste que le Roi, ne cessant de tancer le Grand Réac d'être dans le camp du Progrès et le Grand Progressiste de vivre dans le Passé.

La critique s'est empressée de saluer l'inventivité formelle d'Enter the void pour mieux déplorer la faiblesse ou la puérilité de son propos. Or il faut oser dire que l'un ne va pas sans l'autre : c'est justement l'immaturité du cinéaste qui lui donne accès (et nous à sa suite) à de tels manèges ; c'est bien le fait d'être retenu psychologiquement dans un monde de sensations irreliées et de formes captivantes qui engendre une telle efflorescence esthétique, où les signes s'empilent, s'additionnent, se mélangent, sans jamais fonder quoi que ce soit. Gaspar Noé est le prisonnier fasciné d'une déesse-Mère abusive à laquelle il rend brillamment hommage ; il cherche à bâtir avec ses différents films une Forme semblable à la Tour de Babel décrite par Raymond Abellio, où triompheraient "la partie sur le tout, le local sur le le gobal, le mot sur le concept, le successif sur le simultané, le nom sur le verbe". (la suite sur Kinok)

 

04/01/2011

58

Tout est en soldes car tout doit reparaître.

Il avait pris l'habitude devant le moindre danger, de faire un rempart de son corps, si bien qu'au bout du compte, perclus, sanguinolent et le regard hanté, il était devenu pour ceux qu'il protégeait une figure d'épouvante.

Dans le Léon de Besson, le spectateur ce n'est pas la fillette (qui demande qu'on la change enfin de son quotidien), ce n'est pas Léon lui-même (qui attend de retrouver son âme d'enfant), ce n'est pas non plus leur relation (la même que celle qui relie le géant à la gamine dans la Cité des enfants perdus de Jeunet) où puérilité et mutisme, nervosité et fascination, font bon ménage, non le spectateur c'est tout simplement la plante verte ; celle dont on prend soin mais toujours avec les mêmes rituels, celle à qui on donne les beaux plans ensoleillés comme les sursauts des poursuites, celle dont on n'espère pas la participation, juste la reconnaissance.

11:06 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : léon, la cité des enfants perdus, besson, jeunet | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

03/01/2011

57

Lorsqu'elle lui avoua ce 2 janvier, l'air vaguement contrit, qu'elle avait quelqu'un, il comprit immédiatement qu'au moins cette année, il ne serait plus là pour personne.

Est-ce sa grandeur ou au contraire l'une des saloperies dont il a le secret, qui fait que l'homme s'attache à transformer ses désordres et ses déboires en poésie plutôt qu'en accepter l'augure, et se taire enfin ?

Ils sont peu nombreux, les cinéastes vivants à donner envie de croire au cinéma. Comme Peter Watkins est de ceux-là, nous en parlons sur Causeur.

15:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : peter watkins | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |