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31/12/2010

56

Ce qui compte, ce n'est pas d'être hermétique ou mainstream, à la page ou hors-compétition, admiré ou rejeté par l'Elite du goût, ce qui compte ce n'est pas de donner des gages ou de tourner ostensiblement le dos, c'est de faire de sa cohérence une arme. Sachant faire résonner ensemble leur forme et leur propos, répondre à l'oeuvre de leur auteur, ou répliquer avec justesse à l'époque qui les a vus naître, ces dix films m'ont paru les plus cohérents de cette année :

Film Socialisme ; Raiponce ; Mother ; A serious man ; Amer ; Mumu ; La comtesse ; Enter the void ; Crime d'amour ; Le monde sur le fil.

En cette veille de nouvelle année, je souhaite l'indignation aux assoupis et le détachement aux excités, car il ne suffit pas d'être indifférent pour être sage, ni de s'agiter en tous sens pour que sa révolte ait un sens. Quant aux autres, qu'ils soient persévérants !

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30/12/2010

55

Pas un film de Truffaut sans haussement d'épaules ou de sourcils, pas un film de Chabrol sans sourire complice ou furieuse envie d'applaudir, pas un film de Rivette sans bâillement, pas un film de Rohmer sans soupir d'aise, pas un film de Godard sans acquiescement silencieux ou moue dubitative. Ces manifestations sans doute interchangeables prouvent bien que La Nouvelle Vague n'a pas seulement révélé le corps de l'acteur, elle aussi libéré celui du spectateur !

J'aimerais un jour qu'on m'explique pourquoi les films de Jean Girault ne valent que par le joyau de Funès qu'ils recèlent, alors que ceux de Gérard Oury en seraient le précieux écrin ? 

Elle lui avait offert son plus beau sourire, et quelques heures plus tard un corps ardent. Ils marchaient à présent sur le boulevard, lui anxieux d'avoir révélé un quelconque paramètre d'identité, elle prête à jouer de l'aveu qu'il n'avait pu retenir ("c'est toi que j'attendais").

29/12/2010

54 -Conte de fin d'année

 J’ai reçu hier la visite d’un Institut de sondages sous la forme avenante d’une jeune femme blonde. Elle proposait une sorte de quiz culturo-politique, « rapide et déjanté », pour cerner les grandes tendances de demain. Avant même que j’aie accepté, elle a commencé avec une pointe d’excitation. La première question augurait de la nature des suivantes ; on se serait cru sur un ring ou pire, à la télévision.

- Nabe ou Houellebecq ?

Je lui aurais bien répondu qu’aimer l’un n’excluait pas d’apprécier l’autre, que le second permettait de ne pas trop regretter, au bout du compte, sa place dans le monde, et aidait en tous cas à bien l’identifier, sans se faire la moindre illusion, tandis que le premier se proposait ni plus ni moins que de le remplacer, ce monde, et qu’il fallait bien articuler tout cela pour vivre en paix ; mais je me suis retenu. Je n’avais pas envie de choisir, pas entre ces deux-là, alors j’ai répondu ce qui m’a semblé le plus logique, la logique du tiers inclus bien sûr, et c’est là que tout a dérapé.

 - Jean-Pierre Martinet.

 - Connais pas ! Il faut choisir dans la liste ! Donc « ne se prononce pas ».

 Après la pointe d’excitation, le début de l’exaspération, je n’étais peut-être pas le premier à lui faire ce coup-là. Elle a repris un peu plus vite :

 - Guillaume Canet ou Jean-Luc Godard ?

 Ah ! Ce besoin d’opposer le peuple à l’élite, de prendre alternativement le parti de l'un puis de l'autre avec la même morgue, de bien compartimenter le tout en se flattant des convergences, cette envie de toujours mieux se dédouaner, ce désir même pas honteux de castrer à jamais le cinéma populaire d’avant, celui de La grande illusion qui faisait salle comble tout en mettant à l’honneur métaphysique et politique.

- Jean Renoir !

- Je coche « Ne se prononce pas » !

 Son ton devenait saccadé et son souffle plus court. Elle avait me semblait-il les larmes qui lui montaient aux yeux mais particulièrement bien formée, elle tentait de n’en rien laisser paraître.

 - Bienvenue chez les ch’tis ou Potiche ?

 Le sourire dégoulinant contre le rictus en cul de poule ? Le littéral contre le second degré, la main pesante sur l’épaule contre le clin d’œil narquois, la destruction méthodique de tout ce qui faisait le sel de la comédie de mœurs ? Toujours la même rengaine : de la fausse empathie et de la fausse ironie, du mépris light, jamais rien de plus :

- Mercredi, folle journée !

- Jamais entendu parler : ce sera NSP ! C’est trop facile de ne jamais choisir ! Ni oui, ni non, toujours l’esquive, vous me faites penser à Monsieur Ouine ! La parodie de nuances pour ne jamais s’engager, la simili-mesure pour toujours mieux abdiquer, vous aspirez tout, fadement, et ne sélectionnez rien, lâchement ! Dieu vomit les tièdes, Monsieur !

Elle avait des lettres, la jolie représentante médiatique, Bernanos, rien que ça…. Je n’avais pas eu l’impression d’être tiède dans mes choix pourtant, mais c’est ainsi, la complémentarité des contraires, la synthèse qui transcende les polarités ou l’ailleurs radical qui en annule la fausse opposition, le Non qui brûle en enfer de Maître Eckart, tout cela, elle n’en voulait pas. J’essayai de faire la paix :

- Vous savez, être héraclitéen, c’est pas si facile…

- Clito, quoi ? répondit-elle hargneuse avant de me lancer une dernière perche, - Bénabar ou Biolay ?

- Jeanne Cherhal !

Alors sans même écouter mes réponses, elle a tout débité d’une traite. Il fallait en finir au plus vite : je la révoltais.

- Sarkozy ou Villepin ?

- De Gaulle !

- Freud ou Nietzsche ?

- Husserl !

- Badiou ou Finkielkraut ?

- Muray !

- Nations ou mondialisation ?

- Empire !

- Individuel ou collectif ?

- Conjugal !

- Clitoridienne ou vaginale ?

- Plexuelle !

- Libéral ou communiste ?

- Localiste !

- Jamais entendu parler ! Tous vos héros sont décédés et vos concepts mort-nés !, hurla-t-elle, décoiffée, rouge de colère, la lèvre inférieure tremblante.

Elle n’avait pas tout à fait tort. Me faisant alors comprendre que le sondage était terminé, elle a ramassé  pêle-mêle tous ses papiers, puis est partie furieuse en claquant la porte. Mais elle a laissé son numéro.

 

28/12/2010

53

Se fiant à sa découverte des emballages de la veille, l'inattendu grésil sous les pas de Raphaël lui fait chercher partout, ce 26 décembre, le jouet gigantesque qui aurait ainsi essaimé tant de billes de polystyrène dans la campagne environnante.

Ce qui différencie Brigitte Lahaie de Clara Morgane, c'est que la première a toujours considéré sa carrière post-pornographique comme la résultante inattendue de prises de risque et de hasards, d'audace et de providence, quand la seconde y voit une suite logique qui d'une certaine manière lui serait dûe. Ainsi la première fut-elle une égérie quand la seconde n'est qu'un produit.

Il s'était fait une jolie réputation en filmant des quais déserts, puis en publiant quelques poèmes dadaïstes sur des supports décalés (cartes météo, autel d'églises), avant d'exploser grâce à une reprise jazzy de génériques des années 80. Une fausse note cependant et il retomba dans l'oubli : son grand sourire satisfait au lieu d'une moue de circonstances lorsqu'il reçut la Légion d'Honneur.

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27/12/2010

52

Elle le précède sans l'éclairer et il la suit sans la couvrir, le pire étant qu'ils semblent s'en accommoder. 

On reproche à l'inepte Yann Moix d'avoir blasphémé le 7ème Art en faisant jouer à Franck Dubosc une séquence de L'Aurore (entre autres pitreries formant la trame de Cinéman), mais en quoi le gribouillis illisible qui orne la sixième page de mon exemplaire de Mort à Crédit peut-il salir Céline ?

Devant un film, il faudrait parvenir à penser non pas malgré les images (comme le font les idéologues en se servant du cinéma sans jamais se confronter à la puissance de ses mythes), non pas sous leur régime exclusif (comme le Marché le programme chaque jour davantage), mais en atteignant une sorte de compréhension sereine, de contemplation active.

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24/12/2010

51

Un mauvais livre peut toujours servir de cale, mais quelle peut être l'utilité pratique d'un film sans intérêt ? La question ne se pose finalement pas puisque leur profusion jamais prise en défaut compense la faible épaisseur de leur support.

Un certain usage masculin veut que l'on pense avec nostalgie à celles qu'on n'a pas eues ; il me semble au contraire que celles-ci sont à l'origine des plus beaux rêves. Mes regrets les plus douloureux vont vers celles que j'ai eues, mais trop peu, ou trop mal, et qui ne reviendront jamais plus.

Qu'une fois encore la plus longue nuit nous trouve au réveil invaincus. Joyeux Noël à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Cinématique !

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23/12/2010

50

Il ne va au cinéma que pour donner tort au film. Il met un point d'honneur à détourner les yeux au moment des entrées fracassantes, à hausser les épaules à chaque rebondissement, à ne jamais suivre dans le bon sens un travelling ou un panoramique. Certains assurent même l'avoir vu rester devant l'écran bien après le mot Fin.

Si comme le prétend Onfray, Freud a tort, j'aimerais bien qu'on m'explique Dario Argento.

Ne jamais réveiller une femme qui pleure.

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22/12/2010

49

Tous ces "Observatoires de l'Aggravation" et ces diverses "Assises de l'Homme debout" sont révélatrices : finalement les déclinistes s'agitent autant que ceux qui aiment l'air du temps ; ce sont les bougistes de la Réaction.

Ce film si banal et celui-là si exceptionnel n'ont pas su toucher en moi la moindre corde sensible, ni même éveiller le plus petit intérêt : on ne peut pas plus aimer en terrain conquis qu'en terre inconnue.

Elle pleure, mais si doucement qu'on croit qu'elle dort.

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21/12/2010

48

Je me demande si la morale moderne de Raiponce n'est pas une ode cryptée au désormais indispensable rasage pubien, le plus paradoxal des rites de passage à l'âge adulte.

Tinto Brass est un impatient contemplatif : il lui faut arriver au nu le plus vite possible, et c'est alors qu'il s'attarde.

Genève sous la pluie, avec ses piétons à lunettes d'écaille qui vous évitent avec hauteur, ses prostituées pleines de fard, ses vitrines dégueulant la lumière, son lac comme un gouffre reflétant les banques. Une ville pleinement européenne, au sens injurieux du terme.

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20/12/2010

47

Plus le temps passe, plus il paraît improbable que le cinéaste se ressaisisse ; pourtant le spectateur attend encore (comme ce condamné qui demandait une minute au bourreau), mais ce n'est pas pour lui laisser sa chance, c'est pour au contraire être certain de ne lui en laisser aucune.

Speed racer ou Enter the void : la critique en général s'émerveille de la richesse de la forme pour mieux déplorer la puérilité du fond, or l'un ne va pas sans l'autre : c'est justement l'immaturité du cinéaste, son besoin de fascination et son désir de retrouver le sein idéal, qui lui font inventer de tels manèges.

Je ne sais pas pourquoi ce matin, face au lac ombrageux qui semblait prêt à gronder, je me suis souvenu de la sitelle affolée d'hier, la prenant presque en pitié de tenter de survivre dans un monde si vaste ; et puis j'ai chassé cette métaphore égotiste (et failli jeter les graines du balcon).

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17/12/2010

46

Il est une indécence plus répandue encore que rire à ses propres blagues : c'est pleurer sur son sort.

Un balcon sur la mer de Nicole Garcia et Anthony Zimmer de Jérôme Salle, deux films bancals, inaboutis, et qui pourtant disent vrai. L'imprécision du passé comme prétexte aux erreurs sur la personne ; les amours à demi effacées d'hier, ferment des chamades du présent : on croit découvrir et on ne fait que reconnaître, d'avance tout est joué et on ne sait aimer qu'à contretemps.

J'ignore quelle est l'expression la plus stupide entre "Mélenchon, Le Pen de gauche" ou "Jean Rollin, Ed Wood français", mais je sais que le dernier cinéaste surréaliste est mort et que nous y reviendrons plutôt deux fois qu'une.

16/12/2010

45

Dans cet hôtel parisien de grand luxe où tout le monde parle américain, mêlés aux Japonais volubiles, aux femmes voilées et aux obèses de toutes origines, ils déjeunent de saucisses de veau et d'oeufs reconstitués ; dans le grand hall, ils se pressent ensuite sans sourire, anxieux d'être en retard à la session "comment optimiser son image-prix".

Ce qu'il y a de bien avec les aléas de la mémoire, c'est que les souvenirs douloureux finissent par tenir chaud, puisque ce sont les seuls qui tiennent bon.

Elle donne beaucoup d'elle-même, et puis plus rien.

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09/12/2010

44

Les films qui comptent, ce sont ceux que l'on peut montrer à la femme de passage comme à l'ami de toujours, aussi bien pour se souvenir que pour séduire, autant pour se reconnaître que pour apprendre.

Une Miss, je vois à peu près ce que c'est, mais la France ? Un peu d'humeur, .

Il faut absolument lire le compte-rendu dithyrambique de l'anniversaire de la revue La Règle du Jeu, paru sur le site de La Règle du Jeu, sorte de quintessence de bêtise satisfaite où le name-dropping n'est pas seulement l'horizon de la pensée, mais bien sa nature même, où "les droits de l'homme" sont présentés sans même que le chroniqueur ne s'en aperçoive, comme un gadget idéal pour emballer les filles ou se faire embaucher de-ci de-là. Dans cet incroyable cortège de crétins avantageux, il y a bien quelques noms qui détonnent ou qui déçoivent, mais pour le reste aucune surprise, mais plutôt un dernier doute : tout cela est-il hilarant ou profondément déprimant ?

 

08/12/2010

43

Hier, du haut de ses quatre ans, il me rappelle à l'ordre : j'ai oublié "de rien" après son merci. Magnanime, son aînée en trouve la raison : "c'est la fin de semaine", explication rationnelle à mon inconcevable manquement aux usages.

Quelques jours inespérés à Paris la semaine prochaine, sans doute sous la neige ; je ne résisterai pas au Mac-Mahon, quel qu'en soit le programme, ni à la place Furstemberg, même s'il n'y a plus de catalpas.

A voir leurs films, il apparaît clairement que lorsqu'eux-mêmes ou leur entourage tapaient sur Claude Lelouch, ce n'était en somme qu'une manière de s'approprier un peu de son pouvoir, à la manière de ces tribus primitives qui multiplient les brimades sur celui qu'ils considèrent comme leur chef suprême, jusqu'au meurtre si possible, seul moyen de faire rejaillir sur eux un peu de son aura. Mais l'entreprise thaumaturgique a échoué : si l'influence est là, elle n'a rien guéri.

14:42 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : claude lelouch | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |