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  • 26

    Elle est quelconque, il est très beau, longeant le quai sous le même parapluie ; à voir comme il la dévore des yeux, on comprend vite qu'il lui a tout volé.

    Au nom de quoi voudrait-on que le romancier Houellebecq s'inquiète de l'unanimité qui le sacre, de cet engouement excessif et tapageur ? Au nom de ses personnages qui exècrent ce type de liesse ? Belle confusion des rôles.

    Je préfère avoir tort avec Brisseau que raison avec François Ozon.

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  • 25

    Une fille de vingt ans à peine, plutôt jolie (c'est-à-dire boudeuse sans excès), consulte à voix haute son agenda téléphonique pour la plus grande joie du petit groupe qui l'entoure : elle ne veut pas appeler A. parce qu'il la gave ; B. parce qu'il est trop con ; C. parce qu'il relou, D. parce qu'il est sûrement avec E. etc... Je lui propose de m'ajouter à ses contacts parce qu'elle n'a personne à la lettre L. Dans ses yeux, successivement, un éclair de perversion vague, une légère inquiétude, de la colère sans retenue. Je n'insiste pas.

    Sur le chemin de l'école, Emilie me montre un troglodyte gros comme un pouce, qui fait le matamore, tourne comme un bourdon, puis disparaît sous une feuille.

    Frédéric Saenen de La Vie littéraire ne se contente pas de tenir de bien aimables propos sur le Bréviaire de cinéphilie dissidente, il me pose en outre toute une série de questions auxquelles il tient manifestement à ce que je réponde.

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  • 24

    Dans Hadewijch, Dumont tient à montrer, comme Alain Badiou dans son Eloge de l'amour, que l’amour fusionnel joue en quelque sorte contre le monde. «L’amour total» que Céline voue au Christ, cette recherche désespérante d’une unité impossible, la fait passer à côté de Yassine qui pourtant lui tend la main, la force à ne pas se nourrir malgré la faim, ne pas se protéger du froid, ne pas faire attention aux visages des passagers du métro avant son geste insensé. Lorsqu’on est tout entier dans la philosophie de l’Un, tout entier dans la souffrance de l’humiliation ou la volonté de puissance, quand l’on remet son corps entre les mains d’autrui à défaut de savoir l’habiter, le monde autour peut bien s’écrouler.

    Insomnie vers deux heures du matin : il me restait cinq heures pour écrire un roman, l'imprimer et le poster, ce qui était bien suffisant, mais impossible de me souvenir du mot de passe qui déverrouille l'ordinateur. Le cherchant, je me suis rendormi.

    Elle a des jambes étonnantes, une nuque inhabituelle, des seins inattendus et une démarche rare ; pourquoi faut-il qu'elle ait un phrasé si commun ?

     

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  • 23

    Je ne me trouve jamais plus démodé que lorsque je me souviens de mon tout premier sein féminin, celui d'une danseuse du Lido aperçu furtivement un soir de réveillon, à quinze ans, juste avant que mon père n'éteigne la télévision en toussant.

    En art comme en amour, ce qui sonne neuf est ce qu'on avait le mieux oublié. L'histoire du cinéma suffit à nous l'enseigner : toute nouveauté est réminiscence.

    Disco. Emmanuelle Béart a trouvé la parade : elle remplace désormais son jeu inexistant par un visage immobile, l'absence d'émotions par l'effacement des expressions. Un masque en a chassé un autre.

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