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  • 40

    Ayant envoyé il y a deux mois une nouvelle à la revue Rue Saint-Ambroise, j'ai eu l'heureuse surprise de la voir sélectionnée pour faire partie de leur numéro 26. Celle-ci fait partie d'un recueil de nouvelles portant sur la cinéphilie maladive, sur l'art cinématographqiue considéré comme emprise mortifère...

    Cet envoi à tout hasard faisait suite au silence persistant d'une maison d'éditions et au refus de deux autres (une réponse brève truffée de fautes, griffonnée sur un formulaire de refus pré-rempli ; quelques lignes jugeant mal assortis un personnage et un décor, alors qu'ils faisaient partie, chacun, d'un texte différent).

    Malgré les passe-droits et les connivences, les boutiquiers et les imposteurs, les réseaux de toutes sortes, il est donc encore possible, parfois, sur certains supports, de publier un texte sans être du sérail germano-pratin ; il est toujours bon de le vérifier par soi-même.

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  • 39

    Elle se souvient si bien d'hier qu'il se plaint que leur couple n'avance pas, mais c'est surtout qu'il ne parvient pas à la suivre : on ne se démodernise jamais assez.

    Je m'étonnais il y a peu qu'il existe des gens ayant envie de revoir Bienvenue chez les ch'tis, s'y préparant même avec gourmandise, et puis hier dans une salle d'attente, cette femme qui avoue avec une certaine fierté avoir relu trois fois tout Gavalda.

    Un membre de la Fox, à la fin des années 20, affirma qu'un cinéaste avec l'intelligence de Murnau et le coeur de Borzage serait le cinéaste parfait. Or celui-ci existait déjà ; c'était Chaplin.

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  • 38

    Je ne veux rien savoir de toi : si je te comprends, je te perds.

    Le désir n'est jamais plus aigu que lorsqu'il prend conscience de son évanescence, jamais plus fort que lorsqu'il admet les regrets qui vont suivre. Avec ses flash-backs qui incluent des saynètes grinçantes dans des récits érotiques, voire des plans loufoques dans des séquences tristes, le très beau Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret joue sur ces enchâssements, sur ce qui pourrit et ce qui germe entre deux corps, sur leur souffrance et leur exultation jamais exclusives.

    La trentaine fatiguée, elle est accrochée à son portable depuis près d'un quart d'heure. Sa fillette de deux ans à peine se balance sur la chaise en bois puis se rendort. Elle finit par tomber violemment en arrière, sans je crois se faire trop de mal. La mère crie, la presse contre son coeur, et devant le père qui revient alors du bar avec deux bières, s'écrie : "les enfants, c'est dingue, tu les quittes des yeux quelques secondes, et vlan !" Lui, flegmatique ou peut-être déjà ivre : "C'est les gosses, ça ..."

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  • 37

    A l'ouverture de la portière, le givre en rosace cède dans un bruit excessif de baiser, celui que les enfants imitent pour se moquer des couples éperdus.

    Elle ressemble à Jean Harlow, avec cet admirable mouvement du cou et ce plissement des lèvres quand elle s'étonne, résolument démodés.

    Film socialisme de Godard : la dernière opposition conséquente à l’extrême lisibilité du cinéma fictionnel, c’est-à-dire à sa propagande, à l’évasion qu’il promet et à l’abrutissement qu’il planifie, à sa mise au pas des émotions et des jugements.

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