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  • 35

    Le temps ne détruit rien : il nettoie.

    Plus ils aggravent leur cas pour tenter d'entrer au Salon des Refusés et plus ils accèdent au prime time. La surenchère est un art et une industrie.

    Entre l'ultra-violence bariolée de Sin City et celle, clinique et froide, de Clean Shaven, deux films particulièrement difficiles à regarder, il existe une différence de taille : dans le second les cadavres sont filmés de près mais les meurtres demeurent toujours hors-champ, exactement à l'inverse du premier, fleuron de la culture pop qui se fout bien des corps, et qui ne souhaite que les amonceler sans difficulté, dans l'agonie comme la volupté.

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  • 34

    Je regrette ce temps à peine connu, celui des femmes inespérées, des amis secrets, des films introuvables et des livres sous le manteau.

    Le regard croisé, le portable s'éteint. La porte refermée, la robe se dégraphe. La culotte écartée, les mains se prennent. L'amant retiré, le portable se rallume. Trois messages en attente et une nouvelle promotion pour le ski cet hiver.

    Les politiques ? Prêts à rien puisque d'accord sur tout. Les journalistes ? Vertueux sans morale et vicieux sans génie. Les artistes ? Prompts à divaguer dans le rang.

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  • 33

    Jan Kounen a ceci de fascinant qu'il choisit toujours l'allusion la plus appuyée, l'amorce la plus vulgaire, le mouvement de caméra le plus redondant, le découpage le plus gratuit : en ce sens, son adaptation du 99 francs de Beigbeder est une réussite, parfaite illustration, et donc dénonciation, de l'esthétique publicitaire.

    Le cinéma est un art de la dispersion tempéré par le ressaisissement : comment cadrer la multitude sans qu'elle se fane.

    Il a beaucoup pleuré devant les drames de ce film à succès, et puis de retour chez lui, il a repris son visage le plus impassible pour dîner froidement en compagnie d'enfants dénutris et de victimes d'attentats : qui a prétendu que la télévision saurait rivaliser avec le cinéma ?

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  • 32

    Je retrouve quelques pages d'un roman adolescent, grandiloquent et funèbre, que je ne peux relire sans rougir. Les toutes dernières phrases, cependant, résonnent aujourd'hui autrement :"Il y a cette ombre sur sa main, comme une autre main qui le presse, ce voile sur ses yeux et puis dans sa voix, il y a cette hâte qui l'étreint et cette inquiétude encore : surtout ne pas trop dire. Enfin il est mort."

    Erotomane mystique, romancier apocalyptique, essayiste abellien, Jean Parvulesco n'est plus. Il est peu probable que cette nouvelle intéresse quiconque, sinon les happy few. J'irai ce soir me recueillir chez Rohmer (où il apparaît dans le très subtilement corrosif L'Arbre, le maire et la médiathèque) et chez Godard (où il s'exprime, dans A bout de souffle, sous les traits de Jean-Pierre Melville).

    - Quel est le pays le plus intelligent du monde ?
    - Parvulesco : La France.
    - Est-ce que vous aimez Brahms ?
    - Parvulesco : Comme tout le monde, pas du tout.
    - Et Chopin ?
    - Parvulesco : Dégueulasse.
    - Quelle est votre plus grande ambition dans la vie ?
    - Parvulesco : Devenir immortel. Et puis, mourir."

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