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  • L'ECLIPSE, DE MICHELANGELO ANTONIONI

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     L'Eclipse ou la disparition de la nuit. - Longue séquence de fin, qui suit la progression du crépuscule, avec silhouettes éparses, pressées de disparaître : 42 plans en 7 minutes - les deux chiffres (7 et son multiple 42) sont climatériques, selon les anciens, à savoir chargés de menaces, lourds de dangers - cela qui s'accomplit au quarante-troisième et dernier plan : l'éclipse inversée, la lumière artificielle d'un réverbère qui occulte toute la nuit, intérieure et extérieure, présente et à venir.

    Un peu avant, Antonioni croise les persiennes sur la beauté assonante de deux yeux féminins qui alternent avec deux yeux masculins, dans une pièce obscure où les corps se sont vite baisés et aussi vite débaisés. En légère contre-plongée, on les devine. La demi-nuit de leurs visages frappée à l'oblique par une lumière qui n'est pas plus celle du soleil dont les rayons se faufilent mal entre les lamelles des volets, que celle des Cieux de l'Art sacré. C'est le reste de leurs caresses qui luit et c'est ce reste qui se réfléchit dans leurs yeux. Et qui brûle désormais sans que plus rien ne l'alimente. Brûle comme brûle, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l'ampoule grillagée d'une cellule de privation sensorielle.

    (Jacques Sicard)

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  • 19

    Sous ses allures de féérie pop sans trouble ni chausse-trappe, Speed racer des Wachowski est sans doute leur film le plus autobiographique. Speed et Rex sont bien deux frères grisés par la technique, envoûtés par la vitesse, acharnés à faire ce vertige une esthétique, et dont l'un des deux change au péril de sa vie d'identité physique.

    Affalés sur un canapé, Villepin et Hollande surenchérissant sur la médiocrité de Sarkozy, feignant de la déplorer quand elle est surtout leur sésame ; au moins les mouches ne se plaignent-elles pas de l'odeur du fumier.

     Il me prend le bras en parlant et je n'ai qu'une envie, être parcouru d'un tel courant électrique qu'il soit projeté en arrière et sonné plusieurs heures. Une autre conséquence serait bien entendu mon décès immédiat, mais ce type est capable de tout.

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  • 18

    J'aimerais avoir leur enthousiasme, justement parce que je saurais en faire matière à regrets.

    Des femmes ou des films, aucune hiérarchie ni aucune typologie ne tient longtemps. Tout nouvelle arrivée bouleverse la donne et réduit en miettes le patient édifice de leur mise en ordre.

    Hier soir tard, L627 sur la Deux, entouré sur la Une et la Trois de magazines consacrés à l'ultraviolence, au quotidien de patrouilles policières, aux banlieues qui s'embrasent. Comme les trois écrans simultanés du Napoléon d'Abel Gance, l'immersion est saisissante, permettant lors du rapide changement d'une chaîne à l'autre, une vertigineuse comparaison entre le réel, sa recréation journalistique, sa transposition cinématographique. Il est d'usage de féliciter le film de Tavernier qui datant de 1992, "n'a pas pris une ride". Quelques détails pourtant sautent aux yeux grâce à ce triptyque : les dealers y ont trente ans bien sonnés et les policiers tête nue interpellent en blouson léger ; pas le moindre enfant lanceur de mortier dans le champ.

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  • 17

    Un rêve au tracé aléatoire : départ en train de nuit, rencontres morbides dans les compartiments (chien malade, vieillard en proie au fou-rire, passagers statufiés) puis arrivée au petit matin sur une plage. Une femme nue qui sourit en sortant des vagues, et qui me croise de très près, sans cesser de sourire et sans un adieu.

    Hier soir, cet homme plus très jeune qui se hâte, deux jerricanes à bout de bras et la tête inclinée sur le portable, son vif "Y a pas de soucis !" avant de regagner la Mégane.

    Deux films français au hasard, l'un félicité par la critique (polar trouble et ralenti aux frontières du documentaire), l'autre moqué (film de casse clinquant avec arnaques en séries), Le tueur de Cédric Anger et Cash d'Eric Besnard, d'allure bien différente et d'esprit pourtant similaire. D'abord parce qu'ils sont engorgés de références jamais mises en relation (c'est bien beau d'avoir des lettres, encore faut-il savoir les articuler), se servant du genre comme d'une machine à blanchir pastiches et parodies ; ensuite parce qu'ils ne parviennent jamais à cacher leur trouille, celle de n'être pas assez modernes, pas assez dans la revitalisation, la remise au goût du jour, le dépoussiérage, si bien qu'ils s'empressent d'injecter dans leurs plans anodins ou plagiés, de légers ralentis, de courtes accélérations, voire de brefs arrêts sur images, jamais justifiés bien entendu, tics d'écriture qui les identifient immédiatement et les rattachent, qu'ils le veuillent ou non, au banal cinéma de Restauration qui sévit partout.

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  • 16

    Un chandail déchiré au coude, un livre rangé à l'envers, l'auriculaire replié dans la paume pendant la caresse maladroite : lorsque je repense aux dernières années de mon père, à tout ce qu'il n'a pas su dire, à tout ce que j'ai feint de comprendre, il ne me reste que ces quelques détails visuels, dont la trivialité atténue tout juste l'insistance.

    En complet désaccord avec les récents propos méprisants de Depardieu sur Léos Carax, Juliette Binoche ou les grèves, je garde cependant un faible pour ceux qui osent souiller "les mots de coton", novlangue qui colmate et qui panse au lieu de réveiller. Oui, il faut de l'aigreur, du malaise, de la goujaterie, de la stupidité, de la maladresse et de la mauvaise foi contre la douceur obligatoire. Mieux vaut la gueule de bois que la langue.

    Je suis bien placé pour parler de Tony Curtis : j'ai été Danny Wilde pendant de nombreux mois au début des années 80... (la preuve ici).

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