18.10.2010
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Un chandail déchiré au coude, un livre rangé à l'envers, l'auriculaire replié dans la paume pendant la caresse maladroite : lorsque je repense aux dernières années de mon père, à tout ce qu'il n'a pas su dire, à tout ce que j'ai feint de comprendre, il ne me reste que ces quelques détails visuels, dont la trivialité atténue tout juste l'insistance.
En complet désaccord avec les récents propos méprisants de Depardieu sur Léos Carax, Juliette Binoche ou les grèves, je garde cependant un faible pour ceux qui osent souiller "les mots de coton", novlangue qui colmate et qui panse au lieu de réveiller. Oui, il faut de l'aigreur, du malaise, de la goujaterie, de la stupidité, de la maladresse et de la mauvaise foi contre la douceur obligatoire. Mieux vaut la gueule de bois que la langue.
Je suis bien placé pour parler de Tony Curtis : j'ai été Danny Wilde pendant de nombreux mois au début des années 80... (la preuve ici).
11:05 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : depardieu, carax, binoche, tony curtis |
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20.09.2010
CHIENS
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s'étaient établis à Rouen. Voilà la troisième fois que j'en vois. Et toujours avec un nouveau plaisir. L'admirable, c'est qu'ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu'inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal voir de la foule en leur donnant quelques sols. Et j'ai entendu de jolis mots à la Prudhomme. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens d'ordre. C'est la haine qu'on porte au Bédouin, à l'Hérétique, au Philosophe, au solitaire, au poète. Et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m'exaspère. Du jour où je ne serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on retire son bâton. »
(Extrait d'une lettre de Gustave Flaubert à George Sand - 12 juin 1867)
10:33 | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : roms, flaubert, pola x, carax |
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09.11.2009
QUESTIONS
A la suite du Dr Orlof qui a eu la bonne idée de repêcher ce questionnaire destinée initialement au cinéaste Steven Soderberg, voici mes réponses, en attendant le questionnaire sur l'érotisme au cinéma que je suis en train de finaliser...

Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?
Impossible de tous les compter. Certains m'étaient autorisés mais avec une main sur les yeux lors de certains passages. Mes parents étant (paradoxalement ?) de fins connaisseurs, ils savaient ainsi que dans tel ou tel film de présentation anodine, une bouffée violente ou une éruption sensuelle allaient survenir. Je devais donc quitter la pièce quelques instants. Je ne connaissais ainsi de certains films que des lumières intrigantes et des sons étouffés, à travers la porte en verre dépoli.
Une scène fétiche ou qui vous hante ?
La bouche démesurément ouverte de Donald Sutherland à la fin de L'Invasion des profanateurs de sépultures m'a longtemps hanté, si bien que j'ai toujours craint de la revoir. En revanche une scène fétiche que j'aime retrouver de temps à autre est la promenade dans Paris du « Hyde » de Renoir dans le Testament du Docteur Cordelier, avec cette démarche incongrue et de ce fait fascinante.
Vous dirigez un remake : lequel ?
Les monstres de Dino Risi, afin de brocarder ceux d'aujourd'hui.
Le film que vous avez le plus vu ?
Mauvais sang de Léos Carax, à 18 ans, une dizaine de fois dans la même salle, et trois fois depuis. Certains passages tiennent toujours la route, échappant magistralement à leur époque. Pour le reste, j'ai vieilli.
Qui ou qu'est-ce qui vous fait rire ?
La dernière séquence en date est "La scène de l'horloge" dans Le Mystère de la chambre jaune, de Denis Podalydès.
Votre vie devient un biopic...
Le seuil du vide, de Jean-François Davy
Le cinéaste absolu ?
Je vois mal la signification de ce qualificatif pour un art aux prétentions, aux réussites et aux désastres aussi relatifs. Lang, peut-être.
Le film que vous êtes le seul à connaître ?
Il y a quelques années, j'aurais pu dire celui de Mishima, que j'eus la chance de découvrir avant la commercialisation en DVD, mais à présent que tout se sait et se voit, par tous et tout le temps, je dirais plutôt, celui fait d'échantillons de ma vie privée.
Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?
« Vous êtes formidable, vous croyez que les gens sont tout bon ou tout mauvais, vous croyez que le bien c'est la lumière et que l'ombre c'est le mal. Mais où est l'ombre ? Où est la lumière ? Où est la frontière du mal ? Savez-vous si vous êtes du bon ou du mauvais côté ? » (Le corbeau, de Henri-Georges Clouzot)
L'acteur que vous auriez aimé être ?
Marcello Mastroianni, pour la fragilité et la séduction de ses personnages, la justesse de ses choix artistiques, les rencontres de son existence. Et puis aussi parce que Marcello Rubini, c'est moi.
Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C'était comment ?
Fog, de John Carpenter, hier soir, en DVD chez moi, avec une spectatrice effrayée (un film d'une grande clarté)
Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?
Rien n'est impossible au cinéma, mais je n'aimerais pas qu'un livre essentiel à mes yeux devienne un film (la réciproque est vraie). Sans doute par jalousie absurde.
Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?
La post-synchronisation. Et les enfants bien souvent.
Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?
« Méfiez-vous des contrefaçons. »
11:57 | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : fellini, carpenter, davy, mastroianni, risi, carax, clouzot |
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09.12.2008
UNE FEMME A SA FENETRE
Lorsque Leonard Kraditor dialogue avec sa voisine d'immeuble, de fenêtre à fenêtre, au-dessus de la petite cour, comment se fait-il que je ne pense pas à Rear Window mais à Anna Karina dans le Pain et chocolat de Franco Brusati ?

Lorsque Leonard danse, envoûté par le charme de Michelle dans la boîte de nuit, avant d’être brutalement ramené au réel, comment se fait-il que je n’y vois pas un « rock dream » mais bien la mélancolie d’un Guédiguian lors de ses attentives scènes de bal ?
Lorsque Leonard hésite entre la femme offerte et celle auréolée de mystère, entre la blonde et la brune, comment se fait-il que je ne pense ni à Vertigo ni à Lynch, mais avant tout aux dilemmes de Léos Carax ?
Lorsque je vois Two lovers de James Gray, comment expliquer que je ne pense pas un instant aux comédies romantiques américaines ou à Douglas Sirk mais aux Nuits blanches de Dostoïevski et à la Nuit fantastique de Marcel Lherbier ?
Suis-je définitivement perdu pour le cinéma hollywoodien ?
11:40 | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : james gray, two lovers, brusati, carax, guédiguian, lherbier, dostoïevski |
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