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  • VOUS ALLEZ RENCONTRER UN BEL ET SOMBRE INCONNU, DE WOODY ALLEN

    L'innovation du week-end sur Cinématique, c'est l'apparition des toujours surprenants "petits films en prose" de Jacques Sicard. Pour voir et ressentir le cinéma autrement.  

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     « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ». L'œil mécanique d'Allen qui jamais ne coupe et jamais ne se ferme, surplace et pas d'échappatoire, ne perd pas une miette des effets de l'augure.

     Voici le désir, travailleur möbiusien, une vie/une fonction, qui n'a de cesse de vouloir boucher un trou dans un tissu mité ou d'en percer un au mitan d'un mur aveugle. Tout demeura, bien sûr, en l'état. Pulsion et volonté ici se conjuguant pour rendre l'existence plus médiocre et bête qu'elle n'est. Avec pour conséquence, qu'il se casse la gueule, mais au ralenti, par une sorte de décomposition chronophotographique du mouvement où chaque phase répète en la multipliant la violence de l'inévitable impact au sol. Attendre.

     Voici le rêve, ce demi-fou qu'il serait a priori mal venu d'ériger en modèle d'exaltation de la vie, puisque sa folie douce l'en exclut d'emblée. Ou plutôt, le marginalise. Il semble, lui, tomber d'autant moins haut que son délire est vertigineux. La différence s'arrête là. Sis dans la marge et la marge étant ce qui tient la page, selon Godard, la complicité objective, comme on eût dit au temps Rouge et Noir, de sa position ne le rend pas moins acharné que le désir à la conservation du planétoïde. Ainsi de suite.

    (Jacques Sicard)

     

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  • 15

    Lorsqu'on tient un journal ou un blog, il n'y a au bout d'un certain temps que deux attitudes qui perdurent : faire le méchant ou le clown. Après un excès dans un sens, il faut sans sourciller redresser la barre, et passer de l'invective à la gaudriole, ou plus rarement, de la boutade à l'insulte. Plus rarement car lorsque l'on est tombé dans la farce, il est difficile de s'en nettoyer tout à fait (je ne citerai aucun nom célèbre).

    Dans la recréation du monde que vise Eugène Green et Terrence Malick, il y a le même lyrisme douloureux, c'est-à-dire ensemble, la certitude que leur tentative est échouée d'avance et la contemplation bouleversée de cet échec ; le projet fou d'une Présence inaltérable et l'enregistrement de son absence. Mais si le premier n'a besoin que du vol d'une feuille rousse pour traduire son émoi, le second exige que la forêt toute entière se secoue.

    L'indépendance, c'est ne pas avoir encore les moyens de sa compromission.

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  • 14

    Ceux qui ne comprennent pas que la recension de courriels par Matzneff constitue un roman digne de ce nom, pétillant et raffiné, nostalgique et vivifiant, me font penser à ceux qui reprochent à Houellebecq d'utiliser des notices de Wikipedia dans les siens. Toujours cette crainte naïve que le matériau n'altère l'édifice, toujours cette vision enfantine de l'écrivain comme créateur de monde ex-nihilo, alors qu'il est d'abord l'organisateur de celui qui lui est donné.

    Dans la file d'attente du dernier Woody Allen, pas très loin derrière moi, une jeune femme rousse, très belle et immensément triste, qui ne voit même pas qu'on la double. Plus tard, à la sortie de la salle, alors que je guette une éventuelle et bénéfique transformation (la magie du cinéma), je me rends compte qu'elle est sortie durant la séance, et que je ne la reverrai jamais.

    Woody Allen ne se répète pas : il s'entête. Et c'est très bien comme ça.

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  • 13

    Si le nombre de visiteurs de ce blog diminue aujourd'hui, je n'en voudrai à personne ; après tout je suis le premier à faire un écart lorsque je croise un chat un peu trop sombre.

    J'apprends qu'Amanda Sthers (qui est à la littérature et au théâtre ce que Florian Zeller est... à la littérature et au théâtre) possède une bastide si chaleureuse que ses amis doivent réserver longtemps à l'avance pour avoir une chance d'y être accueillis. Le plus cocasse (ou le plus terrifiant, c'est selon) est que c'est l'hôtesse elle-même qui s'en flatte.

    Le plagiat aujourd'hui : la copie sans scrupule d'une oeuvre sans intérêt.

     

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  • 12

    Je ne suis pas certain d'aimer autant qu'il le faudrait ceux qui affirment m'aimer autant qu'il est possible ; tant de films amicaux et confortables qu'ainsi je délaisse.

    Même dans le pire des navets (Un mari de trop sur TF1 hier avec la chanteuse Lorie), même au sein du pire ersatz de cabotinage (à cet âge, on ne cabotine plus, on fait comme si), Delon parvient encore, par un geste retenu de la main, un sourire léger qui s'attarde, un regard fixé qui pourtant s'absente, à manifester sa force ; et c'est bouleversant.

    Je n'arrive pas encore à lire le dernier Houellebecq  : en bas de page et même entre les lignes, des analyses poussées, des remarques judicieuses et des entretiens savants empiètent sur le texte, au point que je me demande si celui-ci n'est pas devenu la mise en bouche de leur grande bouffe.

     

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  • 11

    Il se passe quelque chose d'assez extraordinaire aujourd'hui, qui surtout risque de ne jamais se reproduire, ce qui en fait tout le prix : le numéro de la note correspond très exactement à la date du jour. C'est à des détails comme celui-là que l'on accepte mieux l'idée que tout est lié...

    Il n'est décidément pas facile de désigner un vainqueur entre l'extrême mauvaise foi de Jean-Luc Mélenchon et l'abjecte rouerie des journalistes ; j'aurais au bout du compte tendance à privilégier l'hypocrisie lasse de l'arbitre, c'est-à-dire la mienne.

    Jacques Sicard m'envoie de temps en temps ses admirables notules poétiques, qui donnent l'air de rien un bon coup de vieux aux critiques modernes si souvent cousues de fil blanc ; celle-ci par exemple : "On aura eu beau parler à propos de Partie de campagne, sa luxuriante beauté naturelle, de la fidélité de Jean Renoir à son père et à l'impressionnisme - ce baiser luxurieux, au secret d'une île, qui prélude à l'inachèvement du film, semble au contraire nous en éloigner au moyen de deux trois conseils : marchez sans bruit - fraîcheur qui trame l'air tiède de l'après-midi, plus désirée que réelle, iris, roselière, terre moussue, et là, fermez à clé ; plongez vos yeux - dans ceux de l'autre, migraine ophtalmique, et là, tenez le symptôme pour une chance ; ne bougez plus - la nuit va se séparer du jour, le côté cour et le côté jardin de toujours, et là, liez vos lèvres amoureuses par un nœud qui étrangle les roseaux."

     

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