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  • 51

    Un mauvais livre peut toujours servir de cale, mais quelle peut être l'utilité pratique d'un film sans intérêt ? La question ne se pose finalement pas puisque leur profusion jamais prise en défaut compense la faible épaisseur de leur support.

    Un certain usage masculin veut que l'on pense avec nostalgie à celles qu'on n'a pas eues ; il me semble au contraire que celles-ci sont à l'origine des plus beaux rêves. Mes regrets les plus douloureux vont vers celles que j'ai eues, mais trop peu, ou trop mal, et qui ne reviendront jamais plus.

    Qu'une fois encore la plus longue nuit nous trouve au réveil invaincus. Joyeux Noël à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Cinématique !

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  • 50

    Il ne va au cinéma que pour donner tort au film. Il met un point d'honneur à détourner les yeux au moment des entrées fracassantes, à hausser les épaules à chaque rebondissement, à ne jamais suivre dans le bon sens un travelling ou un panoramique. Certains assurent même l'avoir vu rester devant l'écran bien après le mot Fin.

    Si comme le prétend Onfray, Freud a tort, j'aimerais bien qu'on m'explique Dario Argento.

    Ne jamais réveiller une femme qui pleure.

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  • 49

    Tous ces "Observatoires de l'Aggravation" et ces diverses "Assises de l'Homme debout" sont révélatrices : finalement les déclinistes s'agitent autant que ceux qui aiment l'air du temps ; ce sont les bougistes de la Réaction.

    Ce film si banal et celui-là si exceptionnel n'ont pas su toucher en moi la moindre corde sensible, ni même éveiller le plus petit intérêt : on ne peut pas plus aimer en terrain conquis qu'en terre inconnue.

    Elle pleure, mais si doucement qu'on croit qu'elle dort.

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  • 48

    Je me demande si la morale moderne de Raiponce n'est pas une ode cryptée au désormais indispensable rasage pubien, le plus paradoxal des rites de passage à l'âge adulte.

    Tinto Brass est un impatient contemplatif : il lui faut arriver au nu le plus vite possible, et c'est alors qu'il s'attarde.

    Genève sous la pluie, avec ses piétons à lunettes d'écaille qui vous évitent avec hauteur, ses prostituées pleines de fard, ses vitrines dégueulant la lumière, son lac comme un gouffre reflétant les banques. Une ville pleinement européenne, au sens injurieux du terme.

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  • 47

    Plus le temps passe, plus il paraît improbable que le cinéaste se ressaisisse ; pourtant le spectateur attend encore (comme ce condamné qui demandait une minute au bourreau), mais ce n'est pas pour lui laisser sa chance, c'est pour au contraire être certain de ne lui en laisser aucune.

    Speed racer ou Enter the void : la critique en général s'émerveille de la richesse de la forme pour mieux déplorer la puérilité du fond, or l'un ne va pas sans l'autre : c'est justement l'immaturité du cinéaste, son besoin de fascination et son désir de retrouver le sein idéal, qui lui font inventer de tels manèges.

    Je ne sais pas pourquoi ce matin, face au lac ombrageux qui semblait prêt à gronder, je me suis souvenu de la sitelle affolée d'hier, la prenant presque en pitié de tenter de survivre dans un monde si vaste ; et puis j'ai chassé cette métaphore égotiste (et failli jeter les graines du balcon).

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