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C I N E M A T I Q U E - Page 17

  • 49

    Tous ces "Observatoires de l'Aggravation" et ces diverses "Assises de l'Homme debout" sont révélatrices : finalement les déclinistes s'agitent autant que ceux qui aiment l'air du temps ; ce sont les bougistes de la Réaction.

    Ce film si banal et celui-là si exceptionnel n'ont pas su toucher en moi la moindre corde sensible, ni même éveiller le plus petit intérêt : on ne peut pas plus aimer en terrain conquis qu'en terre inconnue.

    Elle pleure, mais si doucement qu'on croit qu'elle dort.

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  • 48

    Je me demande si la morale moderne de Raiponce n'est pas une ode cryptée au désormais indispensable rasage pubien, le plus paradoxal des rites de passage à l'âge adulte.

    Tinto Brass est un impatient contemplatif : il lui faut arriver au nu le plus vite possible, et c'est alors qu'il s'attarde.

    Genève sous la pluie, avec ses piétons à lunettes d'écaille qui vous évitent avec hauteur, ses prostituées pleines de fard, ses vitrines dégueulant la lumière, son lac comme un gouffre reflétant les banques. Une ville pleinement européenne, au sens injurieux du terme.

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  • 47

    Plus le temps passe, plus il paraît improbable que le cinéaste se ressaisisse ; pourtant le spectateur attend encore (comme ce condamné qui demandait une minute au bourreau), mais ce n'est pas pour lui laisser sa chance, c'est pour au contraire être certain de ne lui en laisser aucune.

    Speed racer ou Enter the void : la critique en général s'émerveille de la richesse de la forme pour mieux déplorer la puérilité du fond, or l'un ne va pas sans l'autre : c'est justement l'immaturité du cinéaste, son besoin de fascination et son désir de retrouver le sein idéal, qui lui font inventer de tels manèges.

    Je ne sais pas pourquoi ce matin, face au lac ombrageux qui semblait prêt à gronder, je me suis souvenu de la sitelle affolée d'hier, la prenant presque en pitié de tenter de survivre dans un monde si vaste ; et puis j'ai chassé cette métaphore égotiste (et failli jeter les graines du balcon).

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  • 46

    Il est une indécence plus répandue encore que rire à ses propres blagues : c'est pleurer sur son sort.

    Un balcon sur la mer de Nicole Garcia et Anthony Zimmer de Jérôme Salle, deux films bancals, inaboutis, et qui pourtant disent vrai. L'imprécision du passé comme prétexte aux erreurs sur la personne ; les amours à demi effacées d'hier, ferment des chamades du présent : on croit découvrir et on ne fait que reconnaître, d'avance tout est joué et on ne sait aimer qu'à contretemps.

    J'ignore quelle est l'expression la plus stupide entre "Mélenchon, Le Pen de gauche" ou "Jean Rollin, Ed Wood français", mais je sais que le dernier cinéaste surréaliste est mort et que nous y reviendrons plutôt deux fois qu'une.

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  • 45

    Dans cet hôtel parisien de grand luxe où tout le monde parle américain, mêlés aux Japonais volubiles, aux femmes voilées et aux obèses de toutes origines, ils déjeunent de saucisses de veau et d'oeufs reconstitués ; dans le grand hall, ils se pressent ensuite sans sourire, anxieux d'être en retard à la session "comment optimiser son image-prix".

    Ce qu'il y a de bien avec les aléas de la mémoire, c'est que les souvenirs douloureux finissent par tenir chaud, puisque ce sont les seuls qui tiennent bon.

    Elle donne beaucoup d'elle-même, et puis plus rien.

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  • 44

    Les films qui comptent, ce sont ceux que l'on peut montrer à la femme de passage comme à l'ami de toujours, aussi bien pour se souvenir que pour séduire, autant pour se reconnaître que pour apprendre.

    Une Miss, je vois à peu près ce que c'est, mais la France ? Un peu d'humeur, .

    Il faut absolument lire le compte-rendu dithyrambique de l'anniversaire de la revue La Règle du Jeu, paru sur le site de La Règle du Jeu, sorte de quintessence de bêtise satisfaite où le name-dropping n'est pas seulement l'horizon de la pensée, mais bien sa nature même, où "les droits de l'homme" sont présentés sans même que le chroniqueur ne s'en aperçoive, comme un gadget idéal pour emballer les filles ou se faire embaucher de-ci de-là. Dans cet incroyable cortège de crétins avantageux, il y a bien quelques noms qui détonnent ou qui déçoivent, mais pour le reste aucune surprise, mais plutôt un dernier doute : tout cela est-il hilarant ou profondément déprimant ?

     

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  • 43

    Hier, du haut de ses quatre ans, il me rappelle à l'ordre : j'ai oublié "de rien" après son merci. Magnanime, son aînée en trouve la raison : "c'est la fin de semaine", explication rationnelle à mon inconcevable manquement aux usages.

    Quelques jours inespérés à Paris la semaine prochaine, sans doute sous la neige ; je ne résisterai pas au Mac-Mahon, quel qu'en soit le programme, ni à la place Furstemberg, même s'il n'y a plus de catalpas.

    A voir leurs films, il apparaît clairement que lorsqu'eux-mêmes ou leur entourage tapaient sur Claude Lelouch, ce n'était en somme qu'une manière de s'approprier un peu de son pouvoir, à la manière de ces tribus primitives qui multiplient les brimades sur celui qu'ils considèrent comme leur chef suprême, jusqu'au meurtre si possible, seul moyen de faire rejaillir sur eux un peu de son aura. Mais l'entreprise thaumaturgique a échoué : si l'influence est là, elle n'a rien guéri.

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  • 42

    Avoir des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, une bouche pour se taire et une main pour écrire.

    La plus belle ruse des grands réalisateurs, c'est de vous faire croire qu'ils ne dirigent pas.

    Le jour, à l'Université, elle étudie l'anglais, ce qui lui permet la nuit, devant sa caméra, de comprendre l'insistance de ses spectateurs. Prostituée virtuelle, seuls leurs yeux la touchent. Il est impossible de savoir si elle en jouit ou si elle en meurt ; sans doute les deux ensemble, là-bas dans son minuscule studio de Saint-Pétersbourg.

     

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  • 41

    Tout comme la neige n'est que de la boue cachée aux regards, je sais bien que ceux qui ne cessent de sourire me montrent les dents.

    Je me souviens que Marc Esposito, du temps où il était patron de Studio Magazine, en avait beaucoup voulu à Léos Carax d'avoir "enlaidi" Juliette Binoche pour Les Amants du Pont-Neuf... On ne peut assurément lui faire le même reproche : dans son Coeur des hommes, les tee-shirts et les blazers sont sciemment magnifiés.

    Sur Causeur, quelques mots pour rendre hommage à Parvulesco.

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  • 40

    Ayant envoyé il y a deux mois une nouvelle à la revue Rue Saint-Ambroise, j'ai eu l'heureuse surprise de la voir sélectionnée pour faire partie de leur numéro 26. Celle-ci fait partie d'un recueil de nouvelles portant sur la cinéphilie maladive, sur l'art cinématographqiue considéré comme emprise mortifère...

    Cet envoi à tout hasard faisait suite au silence persistant d'une maison d'éditions et au refus de deux autres (une réponse brève truffée de fautes, griffonnée sur un formulaire de refus pré-rempli ; quelques lignes jugeant mal assortis un personnage et un décor, alors qu'ils faisaient partie, chacun, d'un texte différent).

    Malgré les passe-droits et les connivences, les boutiquiers et les imposteurs, les réseaux de toutes sortes, il est donc encore possible, parfois, sur certains supports, de publier un texte sans être du sérail germano-pratin ; il est toujours bon de le vérifier par soi-même.

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  • 39

    Elle se souvient si bien d'hier qu'il se plaint que leur couple n'avance pas, mais c'est surtout qu'il ne parvient pas à la suivre : on ne se démodernise jamais assez.

    Je m'étonnais il y a peu qu'il existe des gens ayant envie de revoir Bienvenue chez les ch'tis, s'y préparant même avec gourmandise, et puis hier dans une salle d'attente, cette femme qui avoue avec une certaine fierté avoir relu trois fois tout Gavalda.

    Un membre de la Fox, à la fin des années 20, affirma qu'un cinéaste avec l'intelligence de Murnau et le coeur de Borzage serait le cinéaste parfait. Or celui-ci existait déjà ; c'était Chaplin.

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  • 38

    Je ne veux rien savoir de toi : si je te comprends, je te perds.

    Le désir n'est jamais plus aigu que lorsqu'il prend conscience de son évanescence, jamais plus fort que lorsqu'il admet les regrets qui vont suivre. Avec ses flash-backs qui incluent des saynètes grinçantes dans des récits érotiques, voire des plans loufoques dans des séquences tristes, le très beau Un baiser s'il vous plaît d'Emmanuel Mouret joue sur ces enchâssements, sur ce qui pourrit et ce qui germe entre deux corps, sur leur souffrance et leur exultation jamais exclusives.

    La trentaine fatiguée, elle est accrochée à son portable depuis près d'un quart d'heure. Sa fillette de deux ans à peine se balance sur la chaise en bois puis se rendort. Elle finit par tomber violemment en arrière, sans je crois se faire trop de mal. La mère crie, la presse contre son coeur, et devant le père qui revient alors du bar avec deux bières, s'écrie : "les enfants, c'est dingue, tu les quittes des yeux quelques secondes, et vlan !" Lui, flegmatique ou peut-être déjà ivre : "C'est les gosses, ça ..."

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  • 37

    A l'ouverture de la portière, le givre en rosace cède dans un bruit excessif de baiser, celui que les enfants imitent pour se moquer des couples éperdus.

    Elle ressemble à Jean Harlow, avec cet admirable mouvement du cou et ce plissement des lèvres quand elle s'étonne, résolument démodés.

    Film socialisme de Godard : la dernière opposition conséquente à l’extrême lisibilité du cinéma fictionnel, c’est-à-dire à sa propagande, à l’évasion qu’il promet et à l’abrutissement qu’il planifie, à sa mise au pas des émotions et des jugements.

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  • 36

    J'aurais aimé la rencontrer il y a vingt ans ; je n'étais pas plus disponible qu'aujourd'hui, mais au moins je l'ignorais.

    La deuxième séquence d'ouverture de L'Arbre, le maire et la médiathèque voit Jean Parvulesco, à la terrasse de la Brasserie Lipp, expliquer au directeur d'un journal politique qu'il a bien compris le sens caché de ses articles faussement anodins, qu'il a saisi la force souterraine de son travail en apparence superficiel, et c'est bien sûr, à mots couverts, le cinéma d'Eric Rohmer qu'il évoque.

    Jean Parvulesco. A une lettre près, son anagramme le révèle : "Je convulse à part". Loin de l'agitation des foules, des suiveurs, qui remuent pour mieux masquer leur morne chute, il avait en effet la solitude exaltée, mais sa frénésie était féconde. La beauté de ses textes était bien convulsive, c'est d'ailleurs leur ultime vérité.

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