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C I N E M A T I Q U E - Page 14

  • 102

    Son style dandy lui fait gagner chaque jour plus d'amis, ses refus lui ouvre les portes et sa morgue rassure chacun sur sa bonne composition. Sur son tee-shirt, le NON en gros caractères est couvert de rouge à lèvres.

    Morale de l'époque : à quarante ans, l'insurgé qui n'a pas pignon sur rue a raté sa vie.

    On peut rapprocher Benchetrit et son ridicule Chez Gino de Moix et son misérable Cinéman. "Biberonnés" au septième art comme l'assure une critique complaisante, ces deux médiocres écrivains se révèlent également des tâcherons au cinéma, parce qu'ils usent pour leur ersatz de mise en scène des mêmes malices que pour leur semblant d'écriture : incapacité à vertébrer leur fatras de figures de style autrement que par le plagiat débonnaire, le décalage consciencieux et l' auto-dérision ostensible. Le cinéma a lui aussi ses nouveaux riches.

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  • 101

    Il ne cesse de donner son avis sur le Japon, la télé-réalité, la Libye, le réchauffement climatique ou les femmes qui se font refaire le nez. Il refuse de faire des concessions et se fout du qu'en-dira-t-on. Le politiquement correct, ça commence à bien faire. C'est un esprit libre, voilà tout, un refuznik de l'intérieur, un barbare sous les lambris. Et sa victoire est proche : il retrouve déjà dans l'éditorial du matin et chacune des chroniques du soir, des opinions aussi intempestives que les siennes. 

    L'homme n'a jamais le choix, sauf peut-être en ce qui concerne le jour exact de sa naissance, et encore...

    Tout le monde se félicite de l'inculture de Frédéric Lefebvre, qui n'aurait de cesse de parcourir, le soir au coin du feu, son "Zadig et Voltaire", mais qui se souvient de cet éminent homme politique se targuant de revoir régulièrement "Monsieur le Maudit" ?

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  • 100

    Il s'approche de moi et sur le ton de la confidence, me définit d'un mot la jeune femme blonde qui depuis le début de la soirée, regarde obstinément par la fenêtre : insatiable. Et puis il me fait un clin d'oeil et retourne danser. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de sa femme.

    Une ballade nostalgique et nous voilà prêts à pardonner, un air martial et il n'en est déjà plus question ; la musique n'adoucit pas les moeurs, elle les formate, comme le temps qu'il fait et la couleur des murs.

    S'il y a un élément que l'on peut mettre au crédit de Robert Rodriguez lorsqu'il réalise Planète Terreur, c'est bien de n'avoir pas un seul instant cherché à donner à ses zombies la moindre connotation sociale ; leur violence ne dénonce rien, ne symbolise pas, ne nous fait jamais le coup du sous-entendu politique, comme tant d'autres habitués du carnage métaphorique et du gore qui en dit long. C'est une manière comme une autre d'être subversif aujourd'hui : ne jamais mériter le "dérangeant" des Inrockuptibles ou de Télérama, qui ne prouve jamais que le suivisme de l'artiste ainsi honoré.

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  • 99

    Un partisan est quelqu'un qui est capable de se parjurer le jour où son adversaire lui donne raison.

    Dans les romans policiers comme en géopolitique, ce qui perce à jour les malfaiteurs, c'est bien le cirque autour de l'alibye.

    Voilà un garçon qui attend plus d'une heure que cette fille passe devant la porte entrouverte, guettant ainsi le moment où il osera tousser bruyamment afin qu'elle se retourne, puis l'aperçoive, et qu'il puisse alors, gêné, balbutier sa phrase maladroite, qu'elle n'aura de toutes façons pas le temps d'entendre. Mais cette vision lui suffira (silhouette élancée, regard sur lui interrogatif et doux, sourire peut-être) et il n'aura de cesse que leurs horaires encore une fois coïncident.

     

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  • 98

    Bref souvenir d'Amacord, hier en fin de journée : les lacis de la route se perdaient dans une sorte de brume violette d'où a émergé, stupéfaite et hiératique, la tête d'une vache.

    Comme ces politiciens qui sussurent on va pas se mentir (ou faut pas se leurrer), respirent la tromperie, ses aveux déclamés ne témoignent au bout du compte que de ce qu'il cache.

    Il se trouve que j'ai une passion coupable pour ces films américains des années 70-80, où des stars plus ou moins déchues de l'âge d'or hollywoodien, tentent de résister à une catastrophe naturelle, d'échapper à un attentat ou de résoudre une énigme d'Agatha Christie. La mise en scène est le plus souvent catastrophique, le découpage hasardeux, les éclairages et les costumes criards, les acteurs vieillissants cabotins en diable, mais voir soudain au sein de saynètes théâtrales, Gregory Peck allonger le pas, Elizabeth Taylor écarquiller les yeux, Kim Novak se confondre en sourires ou Tony Curtis jouer de sa voix de basse, a quelque chose de prodigieusement mélancolique, comme si l'on reconnaissait soudain au coin de la rue, mal attifée, le fard épais et pendue au bras d'un crétin couperosé, une femme somptueuse autrefois passionnément aimée.

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  • 97

    On croit qu'elle parade alors qu'elle mendie.

    Comment se fait-il que certains se plaignent que la parole soit désormais libérée ("décomplexée") alors qu'on entend toujours la même chose, chacun dans son style, chez les progressistes comme ches les réacs. La liberté conduirait-elle à l'uniformisation ?

    Le cinéma n'est pas plus affaire de morale qu'une tempête ou une course au supermarché. Tout ce que l'on peut ajouter comme gloses, critiques, explications, analyses, à des faits (et une oeuvre n'est jamais qu'un fait) ne peut les épuiser, c'est-à-dire ne peut les réduire totalement au rôle d'outil.

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  • 96

    Elle parle sans retenue et ouvre ainsi son coeur à tout bout de champ, faisant de quelques badauds irrésolus de solides amants et du plus obtus des hommes un exceptionnel confident ; si elle se tait, l'homme de sa vie s'échappe et tourne déjà le coin de la rue.

    Dans la pénombre du salon, le gant de ma fille tombé sur le sol m'incite, malgré l'heure tardive, à un dernier effort. Lorsque j'essaie de le ramasser, il s'éloigne par une sorte de bond disgrâcieux. M'en rapprochant à nouveau, plutôt mal à l'aise, je le vois se déporter vers la droite avec une lenteur proprement effrayante. Allumant les lumières, je découvre alors un inattendu crapaud beige. Certain d'avoir repéré le gant à son emplacement habituel, je l'avais ainsi réellement vu (l'index recourbé, le dos bombé, la laine effilochée sur le côté) et c'est son mouvement inadapté, inadapté à mes souvenirs et à mon attente, qui a créé une sorte de sidération. Une expérience cinématographique en somme.

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  • 95

    Comment faire taire les manichéens sans alimenter les geignements des relativistes ? Nous sommes à une époque où seul l'antiraciste  (son catéchisme, son envie de pénal désinhibée) est jugé apte à répondre au raciste (son inculture risible, sa violence pathologique), où il n'y a plus guère le choix qu'entre le syndicaliste encagoulé et le patron véreux, le saint laïque et le religieux intégriste, Dany Boon et Jean-Luc Godard, où la logique du tiers inclus est inaudible et où tout finit toujours par des schémas.

    La fable de la perte du lien social ne tient pas une minute. Un simple coup d'oeil à ma longue liste de courriels suffit à me délivrer de cette croyance : Samantha s'enquiert avec une régularité louable de la taille de mon pénis (qu'lle souhaite résolument augmenter de plusieurs inches), Magali m'informe souvent de mon succès à la loterie (une voiture familiale puis une croisière en Egypte me sont déjà dues), Joëlle se réjouit de la qualité de mon blog et m'incite en conséquence à l'agrémenter de publicités décoratives (elle me tutoie sans effort), Fancy me propose à prix imbattables du Viagra ou de la Codéïne (il ne faudrait pas trop la pousser pour qu'elle me les offre), quant à Etienne, il n'a de cesse, en toute simplicité, de me donner des tickets gratuits pour des casinos en ligne (il me confie d'ailleurs, marque de confiance s'il en est, son patronyme).

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  • 94

    Ecouter Camille de Delerue, marcher un peu, penser au sourire gêné de cette fille éclatante, s'abriter du vent, lire quelques pages de poèmes violents et tristes, suivre des yeux une danseuse agile, rire au milieu de danseurs malhonnêtes, penser à cette fille pour qui l'on n'est rien, écouter Camille de Delerue, acquiescer en souriant, rester dans le vague, ironiser tout bas, passer devant celle qui saurait vous aimer et vous jeter dans la gueule d'une louve quelconque, marcher un peu.

    Il y a pire qu'un manichéen qui pérore : un relativiste qui se tait.

    Klapisch dans Paris, nous apprend que les clémentines, même en provenance des pays les plus divers, ne se battent pas entre elles, tranquillement côte à côte dans leurs cageots de fortune (si seulement les gens, eux aussi, etc...). Il nous rappelle également que les filles haussent les yeux au ciel lorsqu'elles reçoivent des textos, que Luchini sait danser comme un fou, que les maraîchers savent être dignes, que les boulangères sont racistes et qu'il faut vivre tant qu'il est temps (tant qu'on a la santé, hein !). Malgré son insondable bêtise et ses écoeurants complexes de classe, Paris n'arrive cependant pas une fois à prendre Juliette Binoche en défaut. Il est facile d'être remarquable chez Kieslowski ou Carax, infatigables créateurs de mythes, mais le demeurer chez Klapisch, désolant récupérateur de clichés, est bien la marque des plus grandes.  

     

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  • 93

    L'aphorisme a ceci de troublant qu'il témoigne de l'assèchement d'une pensée, tout en en annonçant le renouveau ; il ne faut jamais s'y arrêter mais au contraire déceler ce qu'il cache.

    On peut classer les époques par les vices qu'elles absolvent : la nôtre semblant alors se caractériser par la défense et l'illustration de l'envie.

    Un bon film sait dire ce qu'il montre, un beau film sait montrer ce qu'il ne sait pas dire, un grand film sait montrer ce qu'il pourrait dire mais préfère taire.

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  • 92

    Sur la place humide, quelques mouettes affolées se déchirent pour une pomme de pin sculptée en hareng, pourtant bien peu ressemblante, et puis s'enfuient sous les gerbes d'eau des nettoyeurs hostiles. Ce sont les dernières rixes du jour du Marché.

    Ils n'ont rien à ajouter mais s'empressent de le faire savoir, donnent à leur suivisme des allures singulières, se différencient en douceur et sans trop insister, avant de laisser la place à d'autres insurgés.

    La critique s'emballe : "un film hors normes qui laisse sans voix !". Si seulement...

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  • 91

    La rancoeur qui finit par s'évanouir devant le quart d'un sourire est à l'image de notre temps, où il n'y a plus rien à craindre du ressentiment (qui ne fait jamais que précéder le renoncement), sinon quelques blessures à l'aveuglette, vite éteintes.

    Certaines femmes fascinent par leur aptitude à engendrer, dans l'instant, toute une série de passions contradictoires, aimées plus que de raison puis haïes injustement, alors qu'un peu plus de temps et de recul aurait permis l'attendrissement raisonnable, c'est-à-dire l'oubli facile.

    Michael Caine dans le très honnête Un Américain bien tranquille de Philip Noyce: une juste représentation de l'Européen d'aujourd'hui, tour à tour abasourdi et mélancolique, subtil et cependant floué, prêt à perdre son honneur pour ne pas gâcher un rêve.

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  • 90

    Elle est tellement ouverte à l'avis des autres, tellement prête à réviser ses jugements et emprunter leurs chemins de traverse, qu'on la considère habituellement comme une aimable idiote, tandis que ceux qui campent sur leurs positions sans jamais en démordre, fiers de leurs oeillères et ivres de leurs principes, allant noblement jusqu'au bout de leurs impasses, font aux yeux de tous preuve de finesse d'esprit. Ici comme ailleurs, la guerre impitoyable des intelligents contre les sensibles.

    La passion cinéphile n'a que deux issues, également redoutables : l'égarement parmi les formes ou la stricte réduction de celles-ci, la souffrance d'une beauté dénuée de sens contre celle d'une vérité sans poésie.

    Les hommes qui proposent aux femmes de "refaire leur vie" sont de la même engeance que ceux qui tout aussi placidement assurent à leurs clientes qu'ils vont améliorer leur nez ou développer leurs seins. Ce sont eux bien sûr qui souhaitent se refaire, douloureusement conscients de leurs dettes.

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  • 89

    Le regret est la ruse habituelle qu'emploie l'erreur pour se renouveler.

    Elle prend une voix de tête afin de convaincre et quelques accents rauques pour s'en excuser, accumule les signaux corporels qui réhaussent son phrasé, s'immobilise pour donner l'impression que seuls ses mots en imposent : elle parle sans garde-fous puis se tait aux aguets.

    Si l'on compare le monde fictif de Gilliam et celui de Nolan, l'un découvert en traversant le miroir d'une attaction foraine (l'Imaginarium du Docteur Parnassus), l'autre en pénétrant des rêves fabriqués (Inception), on est frappé de leur diversité formelle et pourtant d'une certaine parenté (le repliement du décor sur lui-même, le changement d'échelle à vue, les spirales de la caméra). Bien sûr l'un fait dans la démesure kitsch, le gigantisme-bout de ficelle et l'autre dans le sérieux de l'hyperréalisme coûteux, l'un esquisse une réflexion sur l'évolution de l'imaginaire, ses échappées et ses limites, quand l'autre se borne à empiler des récits fictifs sur un réel bien peu crédible, mais l'un comme l'autre restent soumis aux mouvements qu'impose l'imagerie numérique ; leurs signes diffèrent mais suivent la même pente. C'est cela au fond, le sens de ses films d'allure si opposée, qui n'ont su faire de leur singularité qu'une façade couvrant l'identité commune de leur animation (au sens de ce qui les anime) : n'être que des variations techniques, des variables d'ajustement industriel.

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