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C I N E M A T I Q U E - Page 13

  • L'ALIBYE

    (Même s'il est assez éloigné des thématiques habituelles de ce blog, je ne résiste pas à l'envie de publier le texte suivant sur Cinématique, texte de François Delussis écrit il y a quelques semaines, avec lequel je suis à vrai dire entièrement d'accord)

     

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        Pas facile de faire entendre une voix qui ne donne ni dans  le trémolo martial béhachélien ni dans le chuchotis de couard autarcique, autrement dit une voix qui ose admettre qu’elle ne parle pas au nom de la Raison, de la Morale et du Progrès réunis, mais qui pour autant ne rechigne pas à prendre parti.

        Prendre parti dans un conflit qui n’est pas le nôtre, cela suppose une certaine pudeur et un certain style, cela suppose surtout de savoir qui nous sommes, quelles sont nos valeurs et quelle est notre cohérence, une question d’identité en somme, n’ayons pas peur des gros mots. Kadhafi n’est-il donc un dictateur que depuis le début de ce mois ? N’avait-il participé à aucun attentat ni jamais emprisonné aucun opposant du temps où il était reçu, et avec tous les honneurs, en France ? Il ne s’agit pas ici de protéger des civils affolés et des insurgés désorganisés - mais au sein desquels des hommes remarquables existent puisque BHL les a remarqués -, de les soustraire à la folie meurtrière de fous surarmés soutenant le Fou Suprême, il ne s’agit pas de laisser tout un peuple mourir sous les balles d’un clan mafieux, il s’agit de comprendre qu’il s’agit là d’une guerre civile, que les « milices » qui soutiennent Kadhafi font partie du peuple libyen, qu’on le veuille ou non, et que ceux qui veulent le renverser ne sont pas nécessairement, par ce simple projet, des démocrates modérés propres sur eux. Le principe des frappes aériennes exclusives est donc au mieux un mensonge, au pire une illusion. Une fois de plus cependant, sans pudeur et sans style, l’impérialisme occidental, drapé dans ses principes intangibles mais n’intervenant jamais que là où ses intérêts économiques sont en péril, vient faire la leçon, comme s’il lui revenait de droit de stopper net, en tous lieux, le sang et les larmes.

        Alors aider à renverser Kadhafi, pourquoi pas, mais à la demande de qui et pour instaurer quoi ? L’idée que tout peuple soit épris de liberté est une belle idée, mais le fait qu’il puisse devenir républicain, ou démocrate, parce qu’il s’est libéré de l’oppression, n’est qu’une croyance occidentale, voire un leurre savamment entretenu. Et dans le cas particulier de la Libye, il y a de l’espace entre dictature et démocratie, mais il semble bien que hors de cette alternative indépassable, point de salut : toute troisième voie paraît politiquement inaudible. Il ne suffit pas de renverser les tyrans, il faut encore que le peuple qui y parvient, en fasse une Histoire personnelle, qu’à travers les mythes, les exploits et les faits ordinaires de sa révolte, il conquière son propre destin, et de massacres en réconciliations, s’arme pour la suite. Il y a diverses façons d’aider celui qui est en train d’écrire son propre récit, mais lui tenir la main en jouant les matamores, lui indiquer sans ménagement la voie du Bien, est une lourde responsabilité, qui ne peut conduire ensuite qu’aux troubles identitaires, autrement dit au suivisme comme à la rancœur.

        Il est pas interdit d’entendre ceux qui parmi les révoltés libyens refusent l’aide occidentale, il n’est pas inutile de comprendre le positionnement de la Ligue Arabe, il n’est pas scandaleux d’écouter l’Allemagne dont la logique n’est pas moins économiste que ceux qui aujourd’hui se font les hérauts de ce peuple-là, tout en détournant les yeux d’autres qui, ailleurs, sont tout aussi à feu et à sang. C’est la cohérence qui nous sauvera des pièges conjoints de l’ingérence emphatique et de la faiblesse munichoise. Nous ne sommes pas la source de tous les maux comme tant de professionnels du ressentiment voudraient nous le faire croire, mais nous ne sommes pas davantage la résolution inespérée du moindre conflit. Il nous faut (re)devenir cette voix singulière qui parle au nom de principes moins hypocrites et ambigus que la défense-des-droits-de-l'homme, paravent derrière lequel le système dominant a toujours poursuivi ses exactions ; voici sans doute comment rester sans crainte un recours opportun et savoir sans honte se tenir en retrait.

        La meilleure façon de trouver sa place est encore de n’avoir plus peur de tenir son rang. Embarrassées et irrésolues, la France comme l’Europe ne savent plus qui elles sont, et de ce fait alternent la frilosité et l’emportement, n’hésitant plus qu’entre deux versions falsifiées, deux pôles qui les nient : tantôt conglomérats de communautés irreliées, tantôt championnes de l’universalisme abstrait.

        Quand donc mènerons-nous à bien notre propre révolution ?

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  • 103

    Il suffit aujourd'hui d'être compromis pour se prétendre résistant et ignoré pour s'imaginer dangereux, ce qui octroie au système de bonnes nuits réparatrices.

    Elle se relève, gagne la porte en esquivant le miroir, sourit brièvement. J'entends le glissement des bas et le brossage des cheveux. Son baiser sent la menthe. Dans l'escalier ses Converse ne font pas un bruit. Les textos des premières heures sont conventionnels, ceux du soir adoucis. Elle aimerait que je la crois nonchalante, mais elle est surtout prise de court. Les nuits s'enchaînent.

    "L’argent ne m’intéresse pas. Tout ce que je veux, c’est être merveilleuse." (Marilyn Monroe)

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  • 102

    Son style dandy lui fait gagner chaque jour plus d'amis, ses refus lui ouvre les portes et sa morgue rassure chacun sur sa bonne composition. Sur son tee-shirt, le NON en gros caractères est couvert de rouge à lèvres.

    Morale de l'époque : à quarante ans, l'insurgé qui n'a pas pignon sur rue a raté sa vie.

    On peut rapprocher Benchetrit et son ridicule Chez Gino de Moix et son misérable Cinéman. "Biberonnés" au septième art comme l'assure une critique complaisante, ces deux médiocres écrivains se révèlent également des tâcherons au cinéma, parce qu'ils usent pour leur ersatz de mise en scène des mêmes malices que pour leur semblant d'écriture : incapacité à vertébrer leur fatras de figures de style autrement que par le plagiat débonnaire, le décalage consciencieux et l' auto-dérision ostensible. Le cinéma a lui aussi ses nouveaux riches.

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  • 101

    Il ne cesse de donner son avis sur le Japon, la télé-réalité, la Libye, le réchauffement climatique ou les femmes qui se font refaire le nez. Il refuse de faire des concessions et se fout du qu'en-dira-t-on. Le politiquement correct, ça commence à bien faire. C'est un esprit libre, voilà tout, un refuznik de l'intérieur, un barbare sous les lambris. Et sa victoire est proche : il retrouve déjà dans l'éditorial du matin et chacune des chroniques du soir, des opinions aussi intempestives que les siennes. 

    L'homme n'a jamais le choix, sauf peut-être en ce qui concerne le jour exact de sa naissance, et encore...

    Tout le monde se félicite de l'inculture de Frédéric Lefebvre, qui n'aurait de cesse de parcourir, le soir au coin du feu, son "Zadig et Voltaire", mais qui se souvient de cet éminent homme politique se targuant de revoir régulièrement "Monsieur le Maudit" ?

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  • 100

    Il s'approche de moi et sur le ton de la confidence, me définit d'un mot la jeune femme blonde qui depuis le début de la soirée, regarde obstinément par la fenêtre : insatiable. Et puis il me fait un clin d'oeil et retourne danser. J'apprendrai plus tard qu'il s'agit de sa femme.

    Une ballade nostalgique et nous voilà prêts à pardonner, un air martial et il n'en est déjà plus question ; la musique n'adoucit pas les moeurs, elle les formate, comme le temps qu'il fait et la couleur des murs.

    S'il y a un élément que l'on peut mettre au crédit de Robert Rodriguez lorsqu'il réalise Planète Terreur, c'est bien de n'avoir pas un seul instant cherché à donner à ses zombies la moindre connotation sociale ; leur violence ne dénonce rien, ne symbolise pas, ne nous fait jamais le coup du sous-entendu politique, comme tant d'autres habitués du carnage métaphorique et du gore qui en dit long. C'est une manière comme une autre d'être subversif aujourd'hui : ne jamais mériter le "dérangeant" des Inrockuptibles ou de Télérama, qui ne prouve jamais que le suivisme de l'artiste ainsi honoré.

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  • 99

    Un partisan est quelqu'un qui est capable de se parjurer le jour où son adversaire lui donne raison.

    Dans les romans policiers comme en géopolitique, ce qui perce à jour les malfaiteurs, c'est bien le cirque autour de l'alibye.

    Voilà un garçon qui attend plus d'une heure que cette fille passe devant la porte entrouverte, guettant ainsi le moment où il osera tousser bruyamment afin qu'elle se retourne, puis l'aperçoive, et qu'il puisse alors, gêné, balbutier sa phrase maladroite, qu'elle n'aura de toutes façons pas le temps d'entendre. Mais cette vision lui suffira (silhouette élancée, regard sur lui interrogatif et doux, sourire peut-être) et il n'aura de cesse que leurs horaires encore une fois coïncident.

     

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  • 98

    Bref souvenir d'Amacord, hier en fin de journée : les lacis de la route se perdaient dans une sorte de brume violette d'où a émergé, stupéfaite et hiératique, la tête d'une vache.

    Comme ces politiciens qui sussurent on va pas se mentir (ou faut pas se leurrer), respirent la tromperie, ses aveux déclamés ne témoignent au bout du compte que de ce qu'il cache.

    Il se trouve que j'ai une passion coupable pour ces films américains des années 70-80, où des stars plus ou moins déchues de l'âge d'or hollywoodien, tentent de résister à une catastrophe naturelle, d'échapper à un attentat ou de résoudre une énigme d'Agatha Christie. La mise en scène est le plus souvent catastrophique, le découpage hasardeux, les éclairages et les costumes criards, les acteurs vieillissants cabotins en diable, mais voir soudain au sein de saynètes théâtrales, Gregory Peck allonger le pas, Elizabeth Taylor écarquiller les yeux, Kim Novak se confondre en sourires ou Tony Curtis jouer de sa voix de basse, a quelque chose de prodigieusement mélancolique, comme si l'on reconnaissait soudain au coin de la rue, mal attifée, le fard épais et pendue au bras d'un crétin couperosé, une femme somptueuse autrefois passionnément aimée.

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  • 97

    On croit qu'elle parade alors qu'elle mendie.

    Comment se fait-il que certains se plaignent que la parole soit désormais libérée ("décomplexée") alors qu'on entend toujours la même chose, chacun dans son style, chez les progressistes comme ches les réacs. La liberté conduirait-elle à l'uniformisation ?

    Le cinéma n'est pas plus affaire de morale qu'une tempête ou une course au supermarché. Tout ce que l'on peut ajouter comme gloses, critiques, explications, analyses, à des faits (et une oeuvre n'est jamais qu'un fait) ne peut les épuiser, c'est-à-dire ne peut les réduire totalement au rôle d'outil.

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  • 96

    Elle parle sans retenue et ouvre ainsi son coeur à tout bout de champ, faisant de quelques badauds irrésolus de solides amants et du plus obtus des hommes un exceptionnel confident ; si elle se tait, l'homme de sa vie s'échappe et tourne déjà le coin de la rue.

    Dans la pénombre du salon, le gant de ma fille tombé sur le sol m'incite, malgré l'heure tardive, à un dernier effort. Lorsque j'essaie de le ramasser, il s'éloigne par une sorte de bond disgrâcieux. M'en rapprochant à nouveau, plutôt mal à l'aise, je le vois se déporter vers la droite avec une lenteur proprement effrayante. Allumant les lumières, je découvre alors un inattendu crapaud beige. Certain d'avoir repéré le gant à son emplacement habituel, je l'avais ainsi réellement vu (l'index recourbé, le dos bombé, la laine effilochée sur le côté) et c'est son mouvement inadapté, inadapté à mes souvenirs et à mon attente, qui a créé une sorte de sidération. Une expérience cinématographique en somme.

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  • 95

    Comment faire taire les manichéens sans alimenter les geignements des relativistes ? Nous sommes à une époque où seul l'antiraciste  (son catéchisme, son envie de pénal désinhibée) est jugé apte à répondre au raciste (son inculture risible, sa violence pathologique), où il n'y a plus guère le choix qu'entre le syndicaliste encagoulé et le patron véreux, le saint laïque et le religieux intégriste, Dany Boon et Jean-Luc Godard, où la logique du tiers inclus est inaudible et où tout finit toujours par des schémas.

    La fable de la perte du lien social ne tient pas une minute. Un simple coup d'oeil à ma longue liste de courriels suffit à me délivrer de cette croyance : Samantha s'enquiert avec une régularité louable de la taille de mon pénis (qu'lle souhaite résolument augmenter de plusieurs inches), Magali m'informe souvent de mon succès à la loterie (une voiture familiale puis une croisière en Egypte me sont déjà dues), Joëlle se réjouit de la qualité de mon blog et m'incite en conséquence à l'agrémenter de publicités décoratives (elle me tutoie sans effort), Fancy me propose à prix imbattables du Viagra ou de la Codéïne (il ne faudrait pas trop la pousser pour qu'elle me les offre), quant à Etienne, il n'a de cesse, en toute simplicité, de me donner des tickets gratuits pour des casinos en ligne (il me confie d'ailleurs, marque de confiance s'il en est, son patronyme).

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  • 94

    Ecouter Camille de Delerue, marcher un peu, penser au sourire gêné de cette fille éclatante, s'abriter du vent, lire quelques pages de poèmes violents et tristes, suivre des yeux une danseuse agile, rire au milieu de danseurs malhonnêtes, penser à cette fille pour qui l'on n'est rien, écouter Camille de Delerue, acquiescer en souriant, rester dans le vague, ironiser tout bas, passer devant celle qui saurait vous aimer et vous jeter dans la gueule d'une louve quelconque, marcher un peu.

    Il y a pire qu'un manichéen qui pérore : un relativiste qui se tait.

    Klapisch dans Paris, nous apprend que les clémentines, même en provenance des pays les plus divers, ne se battent pas entre elles, tranquillement côte à côte dans leurs cageots de fortune (si seulement les gens, eux aussi, etc...). Il nous rappelle également que les filles haussent les yeux au ciel lorsqu'elles reçoivent des textos, que Luchini sait danser comme un fou, que les maraîchers savent être dignes, que les boulangères sont racistes et qu'il faut vivre tant qu'il est temps (tant qu'on a la santé, hein !). Malgré son insondable bêtise et ses écoeurants complexes de classe, Paris n'arrive cependant pas une fois à prendre Juliette Binoche en défaut. Il est facile d'être remarquable chez Kieslowski ou Carax, infatigables créateurs de mythes, mais le demeurer chez Klapisch, désolant récupérateur de clichés, est bien la marque des plus grandes.  

     

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  • 93

    L'aphorisme a ceci de troublant qu'il témoigne de l'assèchement d'une pensée, tout en en annonçant le renouveau ; il ne faut jamais s'y arrêter mais au contraire déceler ce qu'il cache.

    On peut classer les époques par les vices qu'elles absolvent : la nôtre semblant alors se caractériser par la défense et l'illustration de l'envie.

    Un bon film sait dire ce qu'il montre, un beau film sait montrer ce qu'il ne sait pas dire, un grand film sait montrer ce qu'il pourrait dire mais préfère taire.

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  • 92

    Sur la place humide, quelques mouettes affolées se déchirent pour une pomme de pin sculptée en hareng, pourtant bien peu ressemblante, et puis s'enfuient sous les gerbes d'eau des nettoyeurs hostiles. Ce sont les dernières rixes du jour du Marché.

    Ils n'ont rien à ajouter mais s'empressent de le faire savoir, donnent à leur suivisme des allures singulières, se différencient en douceur et sans trop insister, avant de laisser la place à d'autres insurgés.

    La critique s'emballe : "un film hors normes qui laisse sans voix !". Si seulement...

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  • 91

    La rancoeur qui finit par s'évanouir devant le quart d'un sourire est à l'image de notre temps, où il n'y a plus rien à craindre du ressentiment (qui ne fait jamais que précéder le renoncement), sinon quelques blessures à l'aveuglette, vite éteintes.

    Certaines femmes fascinent par leur aptitude à engendrer, dans l'instant, toute une série de passions contradictoires, aimées plus que de raison puis haïes injustement, alors qu'un peu plus de temps et de recul aurait permis l'attendrissement raisonnable, c'est-à-dire l'oubli facile.

    Michael Caine dans le très honnête Un Américain bien tranquille de Philip Noyce: une juste représentation de l'Européen d'aujourd'hui, tour à tour abasourdi et mélancolique, subtil et cependant floué, prêt à perdre son honneur pour ne pas gâcher un rêve.

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