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08/02/2011

79

Pour savoir comment les autres vous voient et l'accepter, il ne sert à rien de se ruiner en manuels de psychologie : l'achat de deux miroirs suffit et il convient alors de regarder dans l'un son reflet renvoyé par l'autre.

Je n'ai jamais aimé les textes laborieux de Pierre Perret. Et encore moins cette vague aura subversive qui le précède depuis que Jane Birkin a chanté le Zizi en rougissant ou que des dizaines d'enfants ont libéré des oiseaux nés en captivité, les conduisant directement dans la gueule des chats. Suintant la moraline, ses pauvres rimes sont certes un cran au-dessus de celles de Bénabar, mais enfin, à ce compte-là...

Qu'est-ce donc que cette « Monoforme » que Peter Watkins vilipende ?  C’est cette manière de filmer à l’identique de Paris à Hong-Kong et de Rio à New York, cette facture lise constituée d'un « mitraillage dense et rapide de sons et d’images, structure apparemment fluide mais structurellement fragmentée qui nous est devenue si familière […], dont les variantes ont des caractéristiques communes : répétitives, prévisibles et fermées à toute participation des spectateurs », soit l’inverse exact de son cinéma qui renvoyant dos à dos fascination et distanciation, libère le spectateur parce qu’il lui redonne du temps et de l’espace. L’audacieuse esthétique de Peter Watkins est ainsi cohérente avec sa contestation politique : battant en brèche les divers régimes d’images hypnotiques, il est l’un des rares à s’opposer aussi bien à l’effacement des identités qu’à l’essentialisme identitaire.

11:04 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre perret, peter watkins, bénabar, jane birkin, zizi | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

07/02/2011

78

Ils ne cessent de critiquer la masse, de décrier les réussites trop voyantes, de juger de haut les succès populaires, et puis dès qu'ils veulent vous attaquer, ils gloussent sur votre supposé petit nombre de lecteurs. Ce sont des gens qui se flattent d'avoir "plus d'amis que d'ennemis", comme si, là encore, la quantité faisait sens.

Kill Bill 1. L'ambivalence du Père (Bill le meurtrier mais aussi le fabricant de sabre protecteur) ; l'immaturité du Fils (tous les hommes jeunes supprimés, ou plus simplement encore, fessés) ; la féminisation de l'Esprit (c'est bien la volonté des femmes qui dirige le récit de bout en bout) : Tarantino exprime très bien que c'est le christianisme déliquescent, "mondanisé", qui conduit au matriarcat.

Chez Ellroy, Ava Gardner fait les cents pas le long d'une piscine avant de faire un doigt d'honneur à un ancien amant manipulateur. Chez Mc Carthy, la gratuité d'une telle scène est impensable, trop raide, trop riche de sous-entendus sur le fonctionnement d'une époque entière ; sa trivialité est ailleurs, dans la pseudo-limpidité de ses dispositifs, qui sentent la règle de trois et le programme.

03/02/2011

77

"L'indignation est un péché plus grave que le mensonge", disait Abellio. C'est d'ailleurs sans doute pour cela qu'elle le recouvre si bien.

Elle ressemble soudain à Audrey Hepburn, le temps d'une pause inattendue, et puis sa hâte la reprend et voilà déjà l'illusion défaite.

Grey's Anatomy. Une série baudrillardienne qui ne tourne qu'autour du polymorphisme de la séduction, avec de ce fait des discussions à deux ou trois intervenants toujours extrêmement découpées, variant les sentiments à l'infini, et des scènes de sexe monotones à l'excès (plan fixe de six secondes où le couple en gros plan se heurte à un mur, parfois une grille).

15:33 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : audrey hepburn, raymond abellio, grey's anatomy | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

02/02/2011

76

Tout comme l'assassinat d'Anne-Lorraine Schmitt, le meurtre de Laëtitia Perrais permet à toute une série de matamores du clavier, de va-t-en guerre 2.0 et d'odieux fanfarons de nous faire la leçon. Leur démagogie drapée de vertu n'est bien sûr qu'un "marronnier" de plus et demain sans doute nous entretiendront-ils, avec la même impudeur, d'une indignation toute nouvelle, mais il y a des jours où on aimerait leur faire rentrer dans la gorge, eux dont le style et les mots disent si bien l'inexpérience, leurs leçons et leur morale.

J'ai longtemps cru qu'un plan pouvait sauver un film, une page voire une ligne, un roman, mais je ne le crois plus : ce sont justement la déliaison, l'irrelié et le règne de la partie sur le tout, qui nous perdent.

Un cauchemar : être invité trois jours et trois nuits durant au mariage de Katherine Pancol et Franck Darabont.

01/02/2011

75

Croire que "La Littérature" dépende uniquement du bon usage, ou du bel usage, de la langue, est aussi profondément stupide qu'imaginer que "Le Cinématographe" ne s'élabore qu'avec des éclairages adaptés et une caméra ayant fait ses preuves. A sacraliser la Parole ou la Forme, on se condamne à n'errer que dans des panthéons stériles. L'important, n'est pas uniquement dans ce qui et dit ou montré, mais aussi dans ce qui est tu ou caché : c'est d'ailleurs surtout dans leurs silences, leurs ellipses et leurs hors-champs, que les grands romans et les grands films parlent.

Les plus beaux souvenirs sont ceux auxquels on croit.

La Corde est à l'esprit de Nietzsche ce que Marnie est à celui de Freud, prouvant que les simplifications les plus redoutables, tendant vers le contre-sens total, n'en conduisent pas moins aux spectacles captivants.

 

27/01/2011

74

Il y a d'authentiques nostalgiques parmi ceux qui déplorent la mort du cinéma, la fin de la littérature ou la décadence de l'art pictural, et puis il y a aussi de fieffés profiteurs qui sans larmes ni vrais regrets, s'empressent, à hauts cris, de s'en désoler ; sans même réaliser que ce passéisme vintage n'est qu'une expression de plus du désastre, voire la plupart du temps un bon moyen de placer ses amis.

Se dépouiller de toutes les armures et de toutes les tuniques, c'est croire qu'il existe sous elles, enfoui et essentiel, un Moi inaltérable. Or celui-ci n'est peut-être qu'un leurre de plus, égrégore sans cesse renaissant fabriqué de toutes pièces.

L'oignon a beau perdre une à une toutes ses pelures, il n'en gagne pas pour autant un noyau.

12:04 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : passéisme vintage, profiteurs, hypocrisie | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

26/01/2011

73

Les donneurs de leçons sont avant tout des demandeurs d'asile.

Même au pouvoir, la contre-culture exige toujours qu'on la menace d'un revolver.

Rien à déclarer est fabriqué exactement avec les mêmes ingrédients que Bienvenue chez les chtis : même mise en scène déplorable, même hypocrisie sociale, mêmes appels du pied, mêmes signes de la main, même naufrage esthétique, même bouillie morale. Son échec cuisant aura donc au moins une utilité : enseigner à Boon le sens de la relativité.

25/01/2011

72

Intrigante aux yeux pers cherche colocataire pour stratagèmes et confidences. Pervers s'abstenir.

Bel homme, la cinquantaine sportive, la situation confortable et les revenus conséquents (relations nombreuses et bien placées) cherche l'Ame soeur, celle qui sera enfin son "Autre". Coquines acceptées.

Actrice de renom, s'étant ces dernières années consacrée à cultiver son jardin, cherche blockbuster exigeant ou film intimiste en tête d'affiche.

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24/01/2011

71

La roue tourne si bien que les inconnus d'hier sont déjà les oubliés de demain.

"Il n'y a que deux écrivains qui comptent pour moi, le Zola de l'Assommoir et Maxime Chattam" / "C'est parce que tu ne connais pas encore Millenium !"

Je suis très heureux que Céline soit retiré des Célébrations Nationales de cette année : l'idée d'une "Nuit Céline", avec lecture publique du Voyage dans un passage Choiseul éclairé aux bougies parfumées, ou le projet estival d'un parcours interactif, dans divers lieux-clés de son oeuvre, avec hôtesses avenantes badgées LFC et texte lu par Dussolier, me mettaient assez mal à l'aise.

21/01/2011

70

Si l'on part d'un principe bille en tête, on se donne toutes les chances de célébrer, en fin de course, son exact contraire.

A force de ne rien espérer trop fort, tout finit par arriver un peu.

"Oui, mais si on va par là..." : l'expression sous-entend qu'alors tout devient possible, qu'alors tout est permis, que plus rien ne vaut, que c'est la porte ouverte à tout. Ce chemin qu'il est si indécent d'emprunter, ce tout qui s'engouffre par la porte honteusement ouverte, c'est Old Boy de Park Chan-wook. Voilà un film qui "va par là", pour le meilleur et pour le pire, et qu'il est ainsi impossible de respecter comme de détester : du cinéma vaniteux, boursouflé, mais fulgurant ; des plans calculés, fiers de leur chiqué, mais riches de leur fougue ; une esthétique outrancière, sans point de vue, mais sans oeillères.

14:16 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : old boy, park chan-wook | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

20/01/2011

69

Septuagénaire sans envergure ni discernement cherche jeune femme au style inimitable. Sincérité exigée.

JF à forte personnalité recherche homme courtois, posé et aimant les enfants, afin d'en assurer la garde en soirée, fêtes et jours fériés. Dilettantes s'abstenir.

Cherche homme ou femmes entre 20 et 31 ans, ayant déjà travaillé dans la pub ou le mannequinat, pour film social sans concessions.

10:23 | Lien permanent | Commentaires (7) | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

19/01/2011

68

Le pitre s'ébat dans tous les milieux et toutes les professions. Il est aisément reconnaissable. Son emphase grotesque en premier lieu (les Droits de l'Homme, la Patrie, le Rock, la Littérature ou le Logos...) et puis cette incapacité à percevoir la risée dont il est l'objet. Le pitre est souvent en première ligne dans les conversations ou les plateaux-télé : il est inoffensif mais paie pour les autres ; il s'avère qui plus est un allié utile lorsqu'il s'agit de discréditer pour longtemps la théorie, le principe ou l'oeuvre dont il s'est fait le héraut.

Ce n'est pas quand on n'a rien à dire qu'il convient de se taire, c'est au contraire lorsqu'on sait, qu'il faut enfin faire silence.

Impossible de me souvenir du film dont ce plan-séquence est issu : du fond d'une pièce sans meubles, une femme en chemisier et tailleur s'avance vers la caméra jusqu'au fondu au noir ; lorsque l'image réapparaît, la femme vue de dos s'éloigne par le même chemin, cette fois vêtue en religieuse. Arrivée à son point de départ, au fond de cette pièce sans meubles, elle se retourne et elle est nue.

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18/01/2011

67

Ceux qui ne sont pas leur plus impitoyable juge finissent toujours par vous déclarer coupable.

Les oeuvres d'art ne peuvent remplacer la personne manquante, mais ce sont elles pourtant qui vous apprennent ce qu'elle était, ce qu'elle fait, ce qu'elle deviendra. Ainsi un film peut-il être une efficace agence de renseignements et un roman l'utile vade mecum de notre existence.

Je l'observe à la dérobée depuis le début du repas : le tic nerveux qui déporte vers la gauche son beau et large sourire, annule idéalement son pouvoir de séduction ; il s'associe malheureusement à un clignement intempestif de la paupière qui gâchant la belle neutralité ainsi obtenue, change ce visage en grimace.

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17/01/2011

66

Tout est bâti sur du sable, et jusqu'à notre mémoire, si bien que nous ne cessons d'oublier cette évidence pour mieux reprendre, après chaque effondrement, une brique de plus.

Ceux qui défendent le libéralisme se retranchent derrière le fait qu'il s'agit moins d'une idéologie que d'une physique sociale, salutaire puisqu'inéluctable. C'est ni plus ni moins ainsi que certains marxistes considèrent la lutte des classes.

Mutantes de Virginie Despentes : post-modernes par excellence, les philosophes queer et les penseurs trans-genres affirment inventer le monde de demain alors qu'ils sont prisonniers de toutes les grilles d'hier, telles la fascisation de l'ennemi ou le culte des alternatives viciées (libération/conditionnement ; normatif/dissident).

14:10 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : mutantes, virginie despentes | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |