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C I N E M A T I Q U E - Page 11

  • ALIENATION

     

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    Il ya ceux qui font de leurs plaintes vaguement romancées un art de vivre, qui ont la culture sentimentale, toujours prompts à souligner d'une larme retenue le travail de leurs si proches prochains. Et puis il y a ceux qui se damneraient plutôt que d'avouer leur peine, dévorant à belles dents les beaux soucis de leurs voisins.

    Ah L'indifférence... Vertu intenable en période de transparence.

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  • UN DERNIER POUR LA ROUTE

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    Se laisser porter par les événements ou tenter de les orienter ? Suivre sa pente ou se faire violence ? Prendre part ou prendre parti ? Méditer ou militer ? La Gîta ou Steve Jobs ? Vous êtes coincé entre le héros soudain volontariste de Big Fish et Tarzan à la merci de l'éléphant qui l'enserrant de sa trompe, le dépose chez lui ; coincé entre les deux seuls mots d'ordre encore audibles aujourd'hui, "carpe diem" et "Do it !".

    Vous aimeriez avoir le regard tranquille, mais vos mains... Vous paradez l'air ailleurs, et pénétrez peu à peu tous les cercles en faisant mine de vous intéresser à leurs marges. Vous lisez Le Point, mais en opinant du chef à chaque envolée de Montebourg. Vous vous encanaillez avec Foenkinos tout en regrettant la carrure de Léautaud. Vous vous perdez dans les méandres numériques sans même avoir entendu parler de High Sierra.

    Vous n'êtes pas facile à coincer et pour quelque temps encore tout vous sourit, héraut de la décadence pop gentiment déboussolé, tyran placide jamais remis en question, future chair à canon.

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  • BOY MEETS GIRL

    Vous enragez d'être faible alors qu'elle s'en fait gloire. Vous cachez vos échecs sous la morgue du style mais elle s'en pare et cela devient son style. Vous fuyez vos défauts tandis qu'elle cultive les siens. Vous étiez pourtant certain que le genre était une notion désuète, que les hommes étaient des femmes comme les autres et les femmes des mecs à frime bourrés d'aspirine. Vous avez écouté Mr Fassin et Mlle Sorman avec le plus d'attention possible, et pourtant rien à faire, votre fils de trois ans n'a d'yeux que pour les tracteurs...

    l'homme qui rétrécit, Jack Arnold, le spetième voyage de Sinbad, Nathan Jura, Eric Fassin Joy Sorman

    Vous jouez à être fort, elle joue de sa fragilité. Vous luttez contre ce qui vous oppresse, jamais en repos, comme le héros de Jack Arnold qui à chaque fois qu'il rétrécit rencontre des périls plus grands. Elle rit de ses chaînes, sachant qu'elle saura s'en servir pour vaincre, comme la princesse amoureuse du Sinbad de Nathan Jura, jamais aussi souriante que lorsqu'elle est piégée par le magicien et réduite à la taille d'un oiseau.

    l'homme qui rétrécit, Jack Arnold, le spetième voyage de Sinbad, Nathan Jura, Eric Fassin Joy Sorman

    Vous sentez bien qu'entre elle et vous, il n'y a pas de confusion possible, que si le jeu est le même, vous vous accommodez fort différement des règles. Vous savez que si vous êtes pris, et comment ne le seriez-vous pas, elle sera quoi qu'il arrive toujours à prendre.

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  • BON SOLDAT

    Il y a les traditions que vous tentez avec plus ou moins de bonheur de perpétuer et puis toutes les échappées qui vous attirent. Le respect de la parole donnée et l'envie de trahir tout ce qui mérite de l'être. Vous êtes plutôt du genre inconséquent (l'esprit de sérieux est si mal vu), comme les gaullistes libéraux, les socialistes de marché et les communistes démocrates. Vous allez de mal en pis mais la tête haute.

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    Les nobles ancêtres dont vous ne cessez de vous réclamer vous jaugent, comme ceux du tableau de Frans Hals chez Greenaway, et le peuple que vous sacralisez vous juge, comme le public qui hue les bourgeois de Bunuel. Vous n'êtes digne ni des uns ni des autres, ayant oublié ce qui vous distingue, défendant farouchement vos privilèges tout en étant le premier à les renier, vous empressant de prendre votre part. Qui aujourd'hui peut se targuer de ne pas céder à la goinfrerie ?

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    Auditeur, spectateur, consommateur, vous allez voter comme tout le monde, puis geindre comme tout le monde. Vous vous rêvez en maître du jeu mais savez surtout passer les plats : l'avenir vous appartient.

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  • RESSENTIMENT

    Vous la regardez à la dérobée. D'ailleurs vous les regardez toutes à la dérobée. Sur sa paupière le fard a un peu coulé, et puis la couleur qu'elle a choisie pour ses cheveux, trop noire, a laissé une traînée peu engageante sur le haut du front. Elle vous inspire cependant. Pour elle, vous pourriez vous mettre au hip-hop, à la vodka, aux essais de Joy Sorman ou aux films sans Jean Dujardin, car vous n'ignorez pas que tout cela est tendance, et qu'il est probable qu'elle aime être à la mode.

    Tarzan, Maureen o'Sullivan, Code Hays, James Mason, Lolita, Kubrick, Ovidie, Virginie Despente, Féminisme pro-sexe, Jy Sorman

    Vous la méprisez déjà. C'est-à-dire que vous la désirez tellement que vous lui en voulez. Vous avez envie de la blesser et qu'elle vous en remercie. C'est en malmenant durement son pied que Tarzan conquiert Jane, avant le Code Hays, alors que le pauvre James Mason, tout attentionné à lui faire les ongles, ne recueillera que du mépris de la part de Lolita. Vous savez tout cela, le sourire épanoui d'Anne Sinclair sous l'outrage, toutes ces femmes au bras de brutes et vous qui les regardez passer, avec votre sourire contrit et vos projets de week-end en bord de Loire.

    Tarzan, Maureen o'Sullivan, Code Hays, James Mason, Lolita, Kubrick, Ovidie, Virginie Despente, Féminisme pro-sexe, Jy Sorman

    Elle se lève et vous n'osez pas un geste pour la retenir. Vous vous voyez déjà en tyran doux de Sofitel mais faites la queue comme tout le monde, sous la férule sans charme des femmes d'aujourd'hui, sous le joug triste de Despentes et Ovidie. Moderne accompli, vous avez tout oublié, sauf le ressentiment. Elle quitte la pièce sans un regard ; bravache vous voterez Eva Joly.

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  • MASCULIN FEMININ

    kaos, paolo et vittorio taviani, showgirls, paul verhoeven, epoche, ressentiment, libération

    Vous êtes là, même pas morose, assis sur cette chaise en bois, et tout à coup les autres clients du bar, les gémissements de Shakira, l'odeur d'oeufs trop cuits, la petite rainure de la table pleine de miettes, tout cela s'estompe ou plutôt se réhausse : vous êtes à présent ce grand type là-bas qui rit fort en buvant par petites gorgées, vous êtes au même instant ce verre de bière oublié sur le comptoir, et cet air entêtant, et ce sentiment de grisaille tiède, et même là-bas cette fille triste aux ongles bleus. Votre corps se dissout et se remodèle, votre esprit suit sa pente d'objets inanimés en badauds volubiles, d'odeurs en émotions, d'autres à soi. Vous n'avez plus d'identité, enfermé dans la jarre, comme l'ouvrier de Kaos que les Taviani soumettent au supplice avant d'en faire un héros. Prisonnier de pensées contradictoires mais riche de tous les côtoiements, vous êtes soudain avec fierté le grand architecte de ce qui vous enserre.

    kaos, paolo et vittorio taviani, showgirls, paul verhoeven, epoche, ressentiment, libération

    Elle au contraire, loin de vos tourments intimes, resplendit avec bonheur. Tout lui sourit et connaître votre existence ne changerait certainement rien à sa victoire perpétuelle. A chaque instant, elle jaillit. Vibrante de lumière et de sexe, au faîte de sa gloire, comme l'héroïne de Showgirls que Verhoeven mène sans aménité en haut des marches. Derrière son masque, vous espérez des trahisons et des mensonges, des reniements et beaucoup de peine. Vous l'imaginez exactement comme dans ce film magistralement vulgaire.

    Vous oublié dans la jarre, et pourtant sans limites ; elle habitant tous les regards, fille à jamais perdue.

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  • CONTRE LE MONDE ENTIER, TOUT CONTRE

    Philippe Ramos, Capitaine Achab

    Un peu comme Emmanuel Mouret fait dans l'érotomanie tempérée, Philippe Ramos choisit l'exaltation calme, et la lumière plutôt que la flamme. Et comme le cinéma de Mouret s'avère malgré sa tiédeur apparente, extrêmement sensuel, celui de Ramos transporte malgré sa retenue. Sans se cacher derrière les effets spéciaux, les cymbales, la caméra qui virevolte, le cinéaste propose en effet de raconter Moby Dick à partir de quelques instants, de quelques figures, de quelques douleurs, qui peuplent la mémoire d'un homme. Contre, tout contre le monde entier, voilà le Capitaine Achab, décrit avec précision depuis son enfance dans les bois.

    Raconter Moby Dick mais sans le monstre, ou presque, ou plutôt donner à voir le monde que celui-ci recèle, que celui-ci contient, ce monde à pénétrer et ce monde qui blesse tant, ce monde à comprendre alors qu'il ne vous a pas laissé de place. La forêt profonde comme la mer immense, les femmes contre qui on se heurte et la peau épaisse de la baleine, l'envie de rejoindre son père et celui d'harponner la bête, l'incompréhension et le silence plutôt que le vacarme des revendications savantes.

    (la critique entière ici)

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  • CINEMATIQUE

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    Sous le masque, les postiches.

    Une nouvelle formule, autrement dit de nouveaux contrôles, en probable préparation.

    Pour le reste, tout est fini mais les suites se multiplient, comme si l'histoire osait encore. 

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  • 122

    Elle détourne les yeux avec ennui, mais lui, croyant la gêner, se dit que le tour est joué et voulant pousser son avantage, l'indispose plus encore. Alors elle le regarde bien en face, aussi froidement que possible, et au moment où il comprend enfin que tout est perdu, elle se met à l'aimer.

    Il n'y a pas que les faux professeurs qui pullulent sur la Toile, à l'éloquence pontifiante et à la culture rigide, il y aussi quantité de faux élèves, à la candeur intéressée et aux missives flatteuses, les premiers rêvant de soumettre les seconds qui ne demandent d'ailleurs que cela : avoir un maître sur qui régner.

    X-Men, le commencement, ou l'apprentissage de la dualité Jésus/Christ version Kazantzakis : comment faire de sa différence fondamentale une arme de cohésion, comment accepter de faire partie d'un monde sans pitié, comment se sentir solidaire d'individus sans foi ni loi, comment respecter celui qui n'a pas de respect, comment sauver celui qui veut notre perte.

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  • 121

    Dans la salle, elle parsème son rire quasi-continu de mots d'esprit en rafale, mais dans le hall tout-à-l'heure, elle paraissait plus réservée, presque craintive, regardant partout. C'est qu'il est là à présent, raillant pour quelques-uns les plans qui insistent trop, les amorces lourdes, les raccords limites. Il est là et semble ne même pas l'avoir remarquée. Elle aimerait renier quelque chose, à voix rauque, mais serait bien en peine de savoir quoi.

    C'est un film tellement impersonnel que par vanité, chacun peut prétendre s'y reconnaître.

    Le lituanien Sharunas Bartas fait partie de ces artistes qui ont un regard qui embrasse, qui réunit ensemble un paysage et un sourire, une femme déambulant d’une ruelle à l’autre avec lassitude, le regard absent, et un homme traqué, qui les yeux partout, la peur au ventre, ne vit que pour elle. Un regard qui lie sans affèteries ni effort, comme d’autres avant lui, Godard ou Carax notamment, la poésie et le polar, c’est-à-dire les conventions et l’écart, les rites et la grâce. Quelques mots sur son dernier film, .

     

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  • 120

    Elle est joliment inquiétante, à la manière de Deborah Kerr, avec cet air mesuré soudain trahi par un regard en coin, avec cet allant qui d'un coup disparaît sous l'assaut de souvenirs. Elle me regarde à peine, tarde à me reconnaître, et puis s'esquive en me serrant le bras avec douceur. Comment ensuite ne pas la regretter ?

    Tout commence par un crime sans témoin. Peu après, la curée contre le criminel supposé et la meute de ses soutiens, la réécriture de ce que pourtant tous ignorent, la multiplication des motifs, des raisons et des prétextes, la file d'attente des profiteurs et puis celle des confidents, les mensonges changés en évidence, les doutes devenus dogmes : l'affaire DSK n'est qu'une Genèse parmi d'autres.

    Lorsque deux cinéphiles jugent un film à l'identique, il y en a toujours un pour penser que l'autre rend les armes.

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  • 119

    Bien sûr sa bêtise pontifiante, ses emportements immatures, ses goûts déplorables, sa culture étudiée, son aveuglement à lui-même surtout, tout cela ne laisse que peu planer le doute sur sa nature véritable, mais soudain la voilà qui le prend par la main, qui nettoie d'un mot juste ou d'un sourire simple toute cette boue, et le change sous nos yeux, inguérissable et tourmenté, presque beau. Il ne la voit qu'à peine, mais c'est elle pourtant, lorsque son regard embrasse, qui le forme.

    Il en est des individus comme des films, lorsqu'on affirme n'être pas prêt à les oublier, c'est toujours par amour ou souci de vengeance ; ce qui finit d'ailleurs souvent par revenir au même.

    Indigène d’Eurasie nous parle de drogue, de fric, de putes, de traque, mais le fait sans jamais sacrifier pour cela un puissant échange de regards, une brume matinale ou une route enneigée, le pauvre sourire malheureux d’une femme épuisée. Sharunas Bartas est un cinéaste qui se moque bien de la grammaire irréprochable des cinéastes de qualité, lui qui sert un tout autre équilibre que celui de la syntaxe, un équilibre obtenu par la sincérité avec laquelle il fait se rencontrer entre elles les forces sensorielles qui l’assaillent, celles-là mêmes qui nous assiègent et donnent à nos vies si bien réglées, de l’enthousiasme, de l’impétuosité, de la mélancolie, du désespoir. Il possède ce regard qui sait lier ensemble les lieux sans surprise et les gestes incrédules, l’actualité la plus triviale et le mutisme le plus étranger à ce monde moderne qui parle de tout sans jamais rien écouter. Un regard qui ose prendre le temps de capter les reflets d’un monde désaccordé dans un geste ébauché ou une parole ténue, qui ose prendre ce temps alors même qu’il ne met à jour que des êtres en partance, en fuite ou en perdition.

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  • 118

    Elles l'écoutent, un peu parties, un peu lasses, plus sensibles au rythme de ses phrases qu'à leur sens, levant leur verre aux subjonctifs, ricanant à l'argot policé qu'il essaime avec componction, reprenant même en choeur les plus belles saillies. Ses opinions de collégien font mouche grâce à quelques poses bien étudiées, tandis que sa morgue remplace aisément toute nuance. Tout enflé de lui-même, il explique le monde avec certitude, prenant même les réticences pour des aveux.

    Le besoin de transparence n'est pas le fait du philantrope mais du paranoïaque.

    Dans Mon oncle, Tati suit à la lettre les propos de Pascal ("Le vivant ne devrait jamais, selon notre attente, se répéter de façon complètement similaire. Là où nous trouvons une telle répétition, nous soupçonnons à chaque fois qu'un mécanisme se trouve derrière ce vivant"), en créant des personnages maniérés aux gestes de robots et aux postures de mannequins. C'est cela même, cet inattendu, qui fait sourire (le rayon de soleil sur la cage engendre immédiatement le chant de l'oiseau), rire jaune (les dérives techniciennes) ) ou s'esclaffer (les outils improbables qui fabriquent une nouvelle façon de se mouvoir et de se relier aux autres). Le rire au cinéma ne peut cependant plus être bergsonien, et naître de cette "mécanique plaquée sur du vivant", puique depuis 1957, les gadgets sont devenus plus absurdes encore mais sont désormais acceptés sans discussion, et sans que personne surtout n'imagine pouvoir en rire. Le vivant mécanisé fonctionne à présent selon notre attente.

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  • 117

    "Moi, en général, je prends une journée entière pour ça". Regard vaguement mutin, épaules dégagées, et surtout ce troisième bouton de chemisier ouvert aux premiers beaux jours, elle paraît disposée aux plaisirs simples comme aux variations ambiguës, mais elle a aussi ce petit quelque chose de vénal, mal atténué par un sourire facile, qui met mal à l'aise ; prenant la conversation en route, je découvre d'ailleurs qu'elle ne parle aucunement d'une joute amoureuse mais bien de sa déclaration d'impôts.

    L'abnégation est une forme de lâcheté, mais les refus mènent aux trahisons ; seul le détachement est un remède à la honte.

    Ce qui effraie ma fille devant le Robin des bois de Curtiz, ce ne sont pas les combats à l'épée ou les flèches décochées en plein coeur, mais les processions de moines en noir, au visage dissimulé ; ce qui l'émeut, ce ne sont pas tant les baisers entre Marianne et Robin, que ce dernier s'agenouillant devant le Roi soudain révélé. La violence ou la passion cinématographiques ne valent que par le mystère de leur surgissement. 

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