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C I N E M A T I Q U E - Page 28

  • LA RECREATION DU MONDE

    Le lien du vendredi, c'est ce très beau texte sur le dernier film de Claude Chabrol, texte qui notamment rappelle que "si l’homme peut tout nommer de ce qui existe sur terre, si tout ce qui existe sur terre a en commun le langage de l’homme, alors un film peut donner une idée de la « réalité », mais à condition de se constituer monde, c’est-à-dire de faire de la mise en scène, c’est-à-dire de relier toutes choses entre elles."

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  • MAUVAIS GENIES

    Il fut un temps où les films américains aimaient mettre en valeur des idiots de toutes sortes, maladivement naïfs et puérils, dont le désordre et les balbutiements innés ou acquis, finissaient après quelques saynètes décoratives par faire sens, éclairant les autres personnages, les transfigurant même, prouvant donc que cette supposée bêtise, cette confusion expressive possédait un réel pouvoir, notamment celui de guérir les errements professionnels et les échecs sentimentaux, de remettre les pendules à l’heure et les valeurs dans le bon sens. De Rain man à Forrest Gump, en passant par La Ligne verte, ces simples d’esprit étaient des anges gardiens qui malgré les critiques et les moqueries, finissaient toujours par être efficaces, et c’était cette efficacité même qui les justifiait, c’était bien leur utilité qui en définitive les rachetait.

    Depuis Fight Club cependant, il semble qu’à l’inverse ce soit le méchant de l’histoire (qu’il le soit réellement ou qu’il s’agisse d’une astuce scénaristique) qui ait en charge de dessiller le personnage principal, de lui montrer la voie. C’est lui qui entre deux insultes ou deux meurtres, peut se permettre avec une violence démonstrative sans précédent, de donner à celui qui demeure le héros, c’est-à-dire le sujet à qui s’identifier, une impulsion vitale. Ainsi dans Collateral de Michael Mann, le tueur à gages qui se sert d’un taxi pour rejoindre en une nuit ses futures victimes, permet au conducteur de celui-ci de se débarasser de ses complexes et de son humiliation sociale, en lui intimant l’ordre d’enfin répliquer à son patron qui l’exploitait jusque là sans vergogne, ou bien en l’incitant à rappeler une cliente dont il est épris, mais qu’il n’osait recontacter. Dans Gran torino de Clint Eastwood, dans la première partie du film où le personnage joué par le cinéaste est encore décrit comme raciste et sans cœur, c’est celui-ci qui pousse le jeune asiatique à aller vers une jeune fille belle et élégante, à laquelle, timide et renfrogné, il pensait sans doute ne pas avoir droit. Sous l’influence de ces mauvais génies, ces héros trouvent alors, certes couverts d’insultes ou un pistolet sur la tempe, un moyen de se surpasser, de craquer l’armure ou de ne plus se soumettre, d’enfin se libérer.

    Ainsi, reprenant à la lettre les accusations de simplisme ou au contraire de cynisme dont elle peut faire l’objet, l’Amérique entend-elle bien continuer à nous persuader que c’est toujours pour le bien d’autrui qu’elle intervient, s'immisce ou régente, que son angélisme comme sa violence sont toujours évangéliques, et que de ce fait, ses travers si décriés demeurent contre toute attente notre dernier recours.

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  • DEMAIN LES RUSSES

    Le lien de ce vendredi, c'est le nouveau numéro d'Eléments, en kiosques depuis quelques jours.

    De Gabriel Matzneff à Thierry Marignac, de Staline à Douguine, d'Eric Rohmer à Robert Guédiguian, de Charlot à Chaplin, de Camus à Badiou, du prisonnier du Village au surréalisme populaire, des arbres aux lutins et du réalisme au méta-réalisme, ce numéro, pour peu que vous ne juriez pas par la géopolitique de Maurice Dantec, la pensée d'Alain Minc, le cinéma de Christophe Honoré et la littérature de François Bégaudeau, devrait vous ravir.

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  • PAS UNE RIDE

    C'était il y a presque trente ans, et cela aurait pu être écrit hier : Jean-Patrick Manchette dans sa chronique de Charlie-Hebdo évoque un livre d'entretiens de Jean-Luc Douin, Comédiennes aujourd'hui :

    "...Nous avons maintenant des antivedettes de poche et des considérations sur le regard de la caméra et celui des autres, et sur la recherche de l'identité, et le cinéma considéré comme une psychanalyse, et la réalisation de soi, et l'insertion de soi dans les luttes. Fascinant, décidément.
    Raymond Lefèvre, dans le numéro de juin de Cinéma 80, trouve que Marilyn Monroe a l'air d'une ravissante bêtasse dodue, et s'interroge : "Avec le recul, on se demande comment elle a pu parvenir à se constituer un tel mythe". Il ne voit pas que Monroe s'est trouvée précisément à l'endroit (au moment) où le cinéma se cassait. Après la chute de la dernière star, l'angoisse, dont le grand spectacle avait si bien marché cette fois-là, a été rapidement démocratisée (au sens Prisunic du mot). Chez les interviewées de Douin comme dans les films modernes, le spectateur ne trouve plus à acheter que son propre malaise et ses propres bavardages sur la question. C'est du recyclage (version écolo). C'est vraiment lugubre."

    En trente ans, des épopées en toc de John Milius jusqu'au lyrisme en sucre de François Ozon, des transports d'américana à la réserve compassée de l'Auteur, du spasme géopolitique de l'adolescent fana-mili à la parodie de compassion du citoyen concerné, l'angoisse-Prisunic s'est en effet insinuée et recyclée partout.

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  • GNOSE

    Lorsque la connaissance n'est qu'un travail d’érudition, livresque et ainsi délivrée des coups de fouet du réel, elle donne à l'âme fragile, par son carcan même, l’apparence d’une structure, d’une mémoire, d’un passé, et il est logique alors qu'elle s'emploie au pluriel : je suis ce que je sais, en fait surtout ce que j'ai su, héritier de traditions et de gloses diverses qui m'ont, un jour, fondé et à l’intérieur desquelles je n'espère plus qu’être fondu.
    Dans Memento de Christopher Nolan, la vraie victime, contre toute attente, n’est alors autre que l’amnésique au passé tatoué.

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    Or il s’agit bien d’apparences, qui m'érigent même si je suis dépourvu de colonne vertébrale, qui me nomment avant même que j'ai compris d’où venait mon Nom, qui me classe et me range à jamais, pour le meilleur des stratagèmes et la pire des prisons : je ne suis que ce que j'ai été, et dans cet enfermement tranquille, rien ne me touche vraiment puisque j'y suis avant tout étranger à moi-même.
    Dans Les Promesses de l'ombre, de David Cronenberg, le véritable perdant est bien, malgré son succès final, le flic à la fausse identité de voyou tatouée.
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    Mais la connaissance peut aussi être envisagée comme un moyen non pas de se faire un nom ou pire une personnalité, une individualité, un Je (l'ultime leurre), mais bien d’aller au fond de soi, ce qui est encore le meilleur moyen d’en sortir. Je est toujours Autre mais il faut pour cela, pour accepter l’idée qu’un ego n’existe pas, en passer par l’accumulation (avant la sédimentation), la multiplicité (avant l'Unité), pour être enfin délivré, mais seul.
    Et c'est ainsi que dans la série télévisée Prison Break, le prisonnier qui s'est tatoué sur le corps le plan arachnéen de son évasion future, ne peut être qu'un héros tragique.
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  • CINQ

    Belle idée de questionnaire cinéphile chez Joachim, reprise avec bonheur ici, et encore , et j'espère bientôt ailleurs, que je m'empresse d'adapter à mon tour :

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    5 films dont la deuxième vision est meilleure que la première, puis la troisième meilleure que la deuxième puis la quatrième meilleure que la troisième puis la cinquième... : L’emploi, d’Ermanno Olmi ; La splendeur des Amberson, d’Orson Welles ; Flandres, de Bruno Dumont ; Que le spectacle commence, de Bob Fosse ; Colonel Blimp, de Michael Powell et Emeric Pressburger .

    5 films qui m’ont laissé de mauvais souvenirs, mais vu le calibre de leur auteur, j’ose à peine le dire (mais je le dis) : Cris et chuchotements, d’Ingmar Begman ; La voix de la lune, de Federico Fellini ; La Marseillaise, de Jean Renoir ; La fille de Ryan, de David Lean ; Le beau mariage, d’Eric Rohmer.

    5 films réputés mineurs ou oubliés, signés par des cinéastes reconnus, mais qui m’ont davantage impressionné que certains de leurs titres emblématiques : L'esprit de Caïn, de Brian de Palma ; L’ami de mon amie, d’Eric Rohmer ; Desesperate hours, de Michael Cimino ; Nick’s movie, de Wim Wenders ; Les espions, de Henri-Georges Clouzot.

    5 films réputés mineurs ou oubliés, ou encore signés par des cinéastes mineurs ou oubliés, qui m’amusent, me plaisent ou m’émerveillent : Le sixième continent, de Kevin Connor ; La marge, de Walerian Borowczyk ; La vampire nue, de Jean Rollin ; Pain et chocolat, de Franco Brusati ; Un divan à New York, de Chantal Akerman.

    5 chocs cinématographiques malgré les conditions déplorables de leur découverte : Allonsanfan, des frères Taviani (épouvantable copie soufflante et délavée de la cinémathèque de Chaillot, il y a 20 ans) ; Yukoku de Mishima (sur un petit écran d’ordinateur) ; Mauvais sang, de Léos Carax (à sa sortie à Beaubourg, à l’extrême droite du premier rang trop proche de l’écran) ; Les affranchis, de Martin Scorsese et Irréversible, de Gaspard Noé (les commentaires outrés des spectateurs du rang de devant à chaque nouvelle bouffée de violence).

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    5 films dont j’ai eu une vision totalement différente selon la période de la vie à laquelle je les ai vus : La ville est tranquille, de Robert Guédiguian (sans puis avec la connaissance des films précédents de l’auteur) ; La féline, de Jacques Tourneur (avec et sans la compréhension du sous-texte érotique) ; Ben-Hur, de William Wyler (idem) ; Le ventre de l’architecte, de Peter Greenaway (selon l’identification avec l’amant ou le mari trompé) ; Lolita de Stanley Kubrick (selon l’identification avec James Mason ou avec Peter Sellers) ; La série des Angélique (adorée à 12 ans, méprisée à 20 et redécouverte avec bonheur –non pas tant par le jeu des acteurs que par une élégance certaine quant au cadre et au découpage, suite aux recommandations d’un ami…la semaine passée)

    5 films que tout le monde aime (ou aimait à l’époque de sa sortie), mais moi je n’y arrive (toujours) pas : Le grand bleu, de Luc Besson, Pulp fiction, de Quentin Tarantino, Kill Bill, de Quentin Tarantino ; L’échange, de Clint Eastwood ; Breaking the waves, de Lars von trier.

    5 films d’abord aimés puis ensuite rejetés : Angel Heart, d’Alan Parker ; Les duellistes, de Ridley Scott ; L627, de Bertrand Tavernier ; Le parfum d’Yvonne, de Patrice Leconte ; La liste de Schindler, de Steven Spielberg.

    5 films d’abord incompris ou rejetés puis ensuite aimés voire adorés : L’arbre aux sabots, d’Ermanno Olmi ; Le testament du Dr Cordelier, de Jean Renoir ; Persona, d’Ingmar Bergman ; Le pirate, de Vincente Minelli ; Un flic, de Jean-Pierre Melville.

    5 films très appréciés qui agacent ou déconcertent mon entourage pour des raisons morales, politiques, esthétiques : Mauvais sang, de Léos Carax ; La femme-objet, de Claude Lemoine ; Quelques jours avec moi, de Claude Sautet ; House, de Sharunas Bartas ; Choses secrètes, de Jean-Claude Brisseau.

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  • CINEMATOGRAPHIQUEMENT INCORRECT

    Je mets en place à partir d'aujourd'hui une nouvelle catégorie de notes, intitulée "Les uns et les autres", qui chaque vendredi renverra vers un blog (ou un site). Pour l'inaugurer, je vous propose de rendre visite à Mr Arkadin, qui ayant pris connaissance des listes de lectures incorrectes publiées ici et là, en novembre dernier, notamment au Café du commerce ou chez le Dr Orlof, a eu la très bonne idée de recenser un certain nombre de textes ayant défrayé la chronique en matière de critique cinématographique. Un percutant texte de l'auteur remontant à il y a une dizaine d'années, y est d'ailleurs adjoint.

    Cinq mois après la publication de ces diverses enfers de bibliothèques, la polémique continue d'ailleurs au Château de sable, autour du cas Céline (nous avions été nombreux à citer "Bagatelles pour un massacre") dans une série de commentaires vraiment passionnante.

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  • RECONNAISSANCE

    Il se passe quelque chose en ce moment. Le vent tourne. Cela donne l'impression que la Nouvelle Classe ne sait plus à quel saint se vouer. Dans sa hâte et sa précipitation, la voilà qui se met à regarder de l'autre côté de la barricade, et à adouber ceux que naguère elle conspuait tant et plus, ceux qu'elle se devait de haïr, ne serait-ce que par ouïe-dire.

    Après Juan Asensio félicité par Ariel Wizman, voilà que le blog "Cinématique" a les honneurs des chroniqueurs d'émissions radiophoniques.... Un ami m'en informe ce matin : hier, dans son émisssion matinale sur Europe 1, Marc-Olivier Fogiel, après s'être moqué du cinéma français qui "ne vaut rien comparé à Spielberg", et avoir tiré à boulets rouges sur les films d'auteurs, où "on ne comprend jamais rien", en est venu à se réjouir que sur la Toile, des blogueurs se ne se privent pas de critiquer ce monde prétentieux et bavard, "comme l'avaient fait en leur temps Les Inconnus". Il a ainsi cité nommément ce blog (ici, à la quarantième minute) ainsi que quelques autres qui sont justement en lien ci-contre, les comparant à de véritables "bouées de sauvetage".

    Il m'est arrivé de critiquer la verve de Marc-Oliver Fogiel, peut-être même de lui manquer de respect en le mettant, sans doute abusivement, dans le même sac que tant d'animateurs modernes, dénués d'empathie et de finesse d'esprit, vulgaires, odieux même, prêts aux pires compromis et aux pires connivences. Je le regrette aujourd'hui, non pas tant parce qu'il me cite, mais parce que j'ai découvert, certes à cette occasion, en réécoutant un certain nombre de ses émissions, qu'il s'agissait d'un homme épris de culture, sincèrement révolté par les diktats et les doxas, et sans doute mal à l'aise dans le petit monde étriqué des médias. Il m'a fait penser au bout du compte à un homme comme Pascal Sevran, injustement mélangé avec les pitres télévisuels.

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    Le vent tourne en effet, et cette citation a sans doute un lien avec la revue de presse de Laurent Ruquier (dont j'avais très certainement jusqu'alors, méconnu le talent, le considérant à tort comme un vaniteux imbécile) de la semaine dernière, le 24 mars, qui entre Gala et VSD, avait osé mentionner Eléments (la qualifiant de "revue peu orthodoxe mais salutaire") dans le cadre d'un jeu de mots assez alambiqué, mais judicieusement trouvé, sur le Prince Charles et la Communauté Européenne, dont à vrai dire je ne me souviens plus de la chute.

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  • APRES L'HISTOIRE

    Le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer l’individu du marché. (Michel Houellebecq, Les particules élémentaires)

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    Après avoir entendu aussi bien les louanges d’avant Extension du domaine de la lutte que les cris d’orfraie d’après Les Particules élémentaires et surtout Plateforme, il est assez vite apparu que Michel Houellebecq n’avait jamais été vraiment lu par ceux qui faisaient profession d’étudier ses écrits, lesquels se sont donc successivement crus permis de voir chez ce grand écrivain, qui laisse loin derrière lui les auto-fictions frileuses, les auto-célébrations mornes et les pamphlétaires sans mesure, une forme nouvelle d’esthétiquement correct (comme une sorte de Cioran policé, aimablement contemporain) puis à l’inverse, un mixte bavard de cynisme et de misogynie (tel un Céline qui bénéficierait d’une scandaleuse impunité sociale). Et c’est exactement la même chose qui est arrivée avec son film, La possibilité d’un île, manifestement non vu par ceux qui se sont plaint de « la laideur des décors » ou de son « absence de rythme », l’affublant de l’injure suprême de « série Z », qui révélait sans équivoque non pas seulement leur méconnaissance du cinéma mais surtout leur haine de celui-ci une fois les panthéons bien installés.

    (La suite, ici)

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  • ENFERS

    S'il est encore quelque chose d'infernal et de véritablement maudit dans ce temps, c'est de s'attarder artistiquement sur des formes, au lieu d'être comme des suppliciés que l'on brûle et qui font des signes sur leurs bûchers.

    (Antonin Artaud)

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  • MODERNITE

    A la vision de Dossier secret, on est pris d’une sorte de malaise : toutes les prouesses techniques de Welles sont présentes (changements incessants de focales, d’angles, de point de vue ; variété insolente des mouvements de caméra ; superposition d’étonnants jeux d’acteurs, de décors sur-signifiants et d’une mise en scène qui les passe inlassablement en revue en en épousant les détails et les contours), avec toujours comme but affiché, non de sidérer à peu de frais, mais bien d’éveiller sans cesse l’attention, du moins pour celui qui résiste à la frénésie des formes, frénésie qui agit ici comme un révélateur, soit en engloutissant définitivement le spectateur qui n’a alors plus qu’à se rendre, soit en le forçant à orienter son regard. Oui, mais l’orienter vers quoi ? Il manque en effet à ce film hybride, maintes fois remanié dans le dos de son auteur, un contrepoint à ces carrousels d’images et de sons, un discours sur le monde, celui qui fait tout l’intérêt du Procès, des Amberson ou de Kane, voire de ses adaptations de Shakespeare, car si l’on sent dans ce scénario l’envie manifeste de traiter les thèmes entrelacés de la vanité, de la vérité et du temps qui les juge, cela sonne toujours un peu faux et un peu creux. A l’instar de la plupart de ses œuvres, cette longue quête européenne autour du passé du mystérieux Grégory Arkadin, de Naples à Munich, est magistralement filmé ; jamais cette maestria toutefois, n’aura paru aussi vaine.

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    Avec Le procès en revanche, seul film avec Citizen Kane dont Welles put assurer le montage dans sa totalité, et donc revendiquer la paternité, nous sommes enfin au-delà de la simple virtuosité. Sous ses allures d’essai surréaliste, c’est là l’œuvre au noir d’un siècle coupable, dont les nuisances sont toujours actives, l’un des réquisitoires les plus audacieux et terrifiants qui soient contre la modernité ; et ceux-là se comptent sur les doigts de la main. L’inquiétude née de la profondeur de champ toujours habitée par quelqu’un d’autre, les emballements soudains de la caméra autour des courses-poursuites de K. avec ses juges et ses bourreaux, les chorégraphies imprévisibles de plans-séquences tourmentés où Anthony Perkins, in fine, se retrouve toujours face à lui-même, font en effet ressortir sans appel ni équivoque l’angoisse qu’engendre la société moderne, avec ses solitudes logorrhéiques se côtoyant sans se rencontrer, sa suspicion permanente ne cessant de rôder dans le vide des beaux discours, ses fantasmes réalisés de claustration et son besoin d’absurdité pour mieux vendre la libération prochaine.

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  • SECTEUR

    La maladie d’Alzheimer sert depuis une décennie au moins divers registres de fictions, notamment cinématographiques. Il s’agit en général de petites chroniques nostalgiques sur le temps en fuite, filmées avec toute la bonne conscience doucereuse de la bourgeoisie victimaire, régulièrement fausses dans leur description clinique alors même qu’elles veulent à tout prix dégager le parfum du vécu. Il est des gens qui attachent tant d'importance à leur petit parcours de vie alors même que leur transmission de valeurs est essentiellement financière (cf l'éloquent "Roi et reine " de Desplechin), qu'il leur importe, littéralement, de faire un drame de l'oubli, et de la perte de souvenirs des instants de mélancolie nimbés de philosophie delermienne (Philippe ou Vincent).

    Nicolas Boukhrief est un cinéaste qui fait partie des rejetons de Starfix (Gans, Laugier), génération sans envergure ni initiatives hormis celle de copier/coller sans aucun souci de synthèse ou de résonance, des styles, des thèmes et des ambiances, patchwork cinéphile dont le caractère bis viendrait, on se demande bien pourquoi, sauver la mise, brouhaha formaliste au bout du compte plus insignifiant que déplaisant. Mais c'est justement pour cela que Cortex parvient à toucher juste, en brossant cinématographiquement (gros plans insistants et panoramiques superficiels ; minimalisme des faits et exacerbation de leurs causes et conséquences) l’enfermement d’un patient dans sa maladie comme dans sa clinique, aux décors et aux rythmes également répétitifs. Le héros, ancien inspecteur de police est-il paranoïaque, affabulateur ou bien berné par ses défauts perceptifs, ses failles mnésiques, ses reconstitutions fragiles et suggestibles ? A l'inverse piste t’il vraiment un criminel ? Par cette ambiguïté constitutive, le film dévoile l’ambivalence d’une maladie affectant initialement le cerveau par secteurs, juxtaposant ainsi la lucidité aux errements.

    C'est justement le caractère à la fois fermé, auto-référentiel, codifié à l'extrême, c'est-à-dire pompier de ce cinéma, et dans le même temps son propos débarrassé de toute préoccupation sociale mais paradoxalement encombré de psychologisme intempestif, autrement dit roublard, qui lui permet d'illustrer idéalement les contradictions de cette maladie, jamais propre, toujours dévastatrice, et effrayante justement par son sytématisme et ses stéréotypes.

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  • NOMBRE D'OR

    "Le vrai contact entre les êtres ne s'établit que par la présence muette, par l'apparente non-communication, par l'échange mystérieux et sans parole qui ressemble à la prière intérieure."

    (Cioran, De l'inconvénient d'être né)

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  • FALL OUT

    Nous pouvons toujours tenter de combattre le silence de ceux qui, au coeur de la société des sommations, font la folie de se taire, avant de réaliser que le tumulte ne dit rien.

    Comme nous pouvons longtemps lutter contre la parole de l'oppresseur, avant de comprendre qu'il ne s'agit que de la notre.


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