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17/09/2007

FIN DE NON RECEVOIR

Revoyant avec éblouissement l'autre soir Conte d'été de Rohmer, cet hommage délicat aux contradictoires facettes féminines, ce poème de combat portant haut les couleurs de l'indispensable différenciation sexuelle (ce film est d'ailleurs un élément de réponse dans le débat qui se joue là-bas à deux), cet hymne aux errances que la Bretagne sait tant susciter, je publie sur Cinématique, avec son aimable accord, ces intelligents propos de Jacques Sicard sur le dernier film du plus grand cinéaste français encore en activité :

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Les amours d'Astrée et de Céladon, d'Eric Rohmer


I


Quel sens cela a-t-il, aujourd’hui, de conter fleurette – et de choisir la fleur parmi Margot la blanchecaille et Fanchon la cousette – c’est-à-dire de la conter cette fleur dans le Français précieux du XVIIème siècle, le dialecte de l’Ile de France qui domina jadis l’Europe par la violence de sa belle phrase close – dans le format standard du cinéma, le carré presque parfait de son cadre primitif dont la quadrature, hantée par les fureurs du burlesque, exclue la sociabilité du plan comme la perméabilité de l’image – dans une exaltation amoureuse qui n’a pas l’élan d’une foi, mais la rigueur d’un article de foi, écrit par un clerc, structuré par un dogme, au secret d’un cloître – oui, quel sens, à présent, cela peut-il avoir d’aimer Catherine de la Tasse ou Astrée la bergère ? Que certaines choses sont fermées et que leur bien réside dans cette absence d’ouverture et de commerce. Ce film n’est pas un tombeau, c’est une fin de non recevoir.


II

Depuis quand Rohmer, penché sur son écritoire de cinéma, nous adresse des signes sans le souci qu’on y entende rien ? Ils ne sont pas pour autant inintelligibles, mais fermés au sens par lequel l’expert en neuro-économie ou le créateur de cabanes façonnent de nos jours, non sans leur agrément, l’existence des autres. Il y a une violence paulinienne dans cette fermeture, cette séparation qui concerne aussi bien le film que ses personnages. Et de fait, jamais hommes et femmes, en société, ne furent si peu ensemble que chez Rohmer ; jamais ils ne semblèrent si étonnés de se trouver dans ce milieu à leur image, et ne le dire avec une telle jubilation ; jamais la parole, dans l’excès même de sa sociabilité, ne reprit si jalousement chacune de ses phrases ; jamais les mots qui les composent, pourtant voués aux stratégies de la séduction, ne firent entendre, comme par diablerie, l’obscurité du langage des oiseaux ; jamais déshumanisation, qu’un tel retrait symbolique implique, n’eut pour effet que ceux qui en souffrent, en vérité exultent.

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11/09/2007

AMBIVALENCE

"Tout porte à croire qu'il existe un point de l'esprit d'où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le passé et l'avenir, le haut et le bas, le communicable et l'incommunicable cesseront d'être perçus contradictoirement" (André Breton, Manifeste du Surréalisme)

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L'âge d'or de Luis Bunuel
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La demoiselle d'honneur, de Claude Chabrol

"A mon avis, la vie t'apprend à baiser le hall,
A faire des caresses à la mort, dominer de la tête et des épaules
Je ne peux vivre, tu vois ce que je veux dire
L'amour te dit au revoir, merci pour tout je me tire
Et toi t'espère mais t'as tort, tu souffres et t'attends
Tes plus beaux rêves se sont faits percer la gorge"
(Sinik, Coeur de pierre)

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06/09/2007

DEVOLUTION

Autrefois, Sardou chantait sourdement sur du Dabadie, qu'il est bien difficile de vivre quand ce sont "les mamans qui s'en vont". Lorsque les femmes ont appris à quitter, l'une puis l'autre, sporadiquement puis en masse il y a quelques décennies, toujours mieux désorientées, happées, sollicitées par le fantasme de l'autonomie, le mirage de l'indépendance, le simulacre du choix, le silence a commencé. Celui précisément qui s'étend dans le tumulte.
Sous le harnais, la nature aussi marque le pas, et devant nos regards d'orpailleurs, ne survivent plus que quelques pièces de musée qui font leur numéro muet, sous la mitraille de japonais aux mèches teintes, sous la férule de quelques conservateurs trop soucieux pour être honnêtes, pépiements entrecoupés de sonneries de portables wagnériens, brises marines apportant en sus l'annonce d'alléchantes promotions, lacs irisés reflétant les incitations au meurtre de quelques cartouches de tabac, maëlstrom de merde.
Le réel, c'est ce qu'il nous reste quand nos désirs ce sont retirés, lorsque seule la fenêtre grillagée des oppressions médiatiques nous convainc encore, et que sous nos applaudissements, le clown assure qu'il rit vraiment de bon coeur, quand à chaque instant, le front en sueur, il calcule. Le monde moderne ne nous a laissé, sous les diarrhées de gloses, sous la tyrannie du franc-parler et de la langue décomplexée, que le silence en partage, réprobateur ou complice, ou plutôt les deux ensemble.
Notre enfer est celui-là, être toujours davantage sceptique et spectateur.

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Barton Fink, de Joel et Ethan Coen
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Le samouraï, de Jean-Pierre Melville
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Being there, de Hal Ashby

15:30 | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

04/09/2007

MOSAIQUE

Tout ce qui nous constitue, qui nous ravive et nous emporte, n'en est pas moins mort.
Nous ne sommes faits que de ces corps aux caresses désormais comprises, de ces visages autrefois contemplés, de ces oeuvres d'art à présent découvertes, de ces proches à jamais éteints.
Nous sommes pétris de ce qui n'a plus cours.
A partir de l'instant présent, du brouhaha actuel de nos émotions, de cette nouvelle peau à faire craquer, de ce film encore inconnu à ressentir, de ces phrases nouvelles à parcourir, rien ne se fonde vraiment, rien ne surgit que des sensations passagères. Ils ne seront nôtres qu'une fois la rupture consommée, la dernière page tournée, le générique enfin déroulé, qu'une fois qu'ils seront sus.
"On couche toujours avec des morts."

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Hulk, d'Ang Lee

11:15 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Passé, souvenirs, mémoire, oublis | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

03/09/2007

REFLECTIONS

Ce que l'on voue n'entame jamais ce que l'on regrette.
Dans le regard sans fond qui nous sert de matrice, ce qui ploie perdure assez pour avilir ce qui résiste.

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Dead of night, film collectif (1945)

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Hi, mom !, de Brian de Palma (1969)

13:52 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Split-screen, hors-champs, regard-caméra | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

31/08/2007

DRAMES

Au sein des rythmes qui nous modèlent, des bienfaits et des malheurs toujours enchâssés, la symétrie et la réversibilité ne sont pas toujours de mise, car si aucune joie n'est sans revers et aucun plaisir sans souffrance ultérieure, aucun drame n'est pour autant effacé par les joies qui parfois lui succèdent.

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Nightmare in Elm Street, de Wes Craven

09:37 | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Wes Craven, Boogey-man | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

23/08/2007

LES FORCENES DU LENDEMAIN

A lire ici , sans doute le meilleur texte critique sur l'hagiographie hautaine de Reza.

Ce monde qui sans cesse bouge de là, et qui s'offre à grands frais le vertige de "l'oubli de la veille", avec ces ambitieux qui chassent en cour, ces puissants qui nous entretiennent patiemment de leur puissance, ces libertins inquiets et ces subordonnés toujours d'accord, ces raisonneurs polygraphes et ces poètes du mélange quel qu'il soit pourvu qu'ils s'en recouvrent, c'est le nôtre.
On ne peut prétendre y échapper sans se trahir.

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10:55 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Yasmina Reza, Nicolas Sarkozy, Feydeau | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

22/08/2007

CONTAMINATION

"Tout malaise individuel se ramène, en dernière instance, à un malaise cosmogonique, chacune de nos sensations expiant ce forfait de la sensation primordiale, par quoi l'être se glissa hors d'on ne sait où... " (Cioran, De l'inconvénient d'être né)

"Contaminés par la superstition de l'acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir." (Cioran, La tentation d'exister)

"Être moderne, c'est bricoler dans l'Incurable." (Cioran, Syllogismes de l'amertume)

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Le cercle rouge, de Jean-Pierre Melville

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Barton Fink, de Joel et Ethan Coen

14:39 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Melville, Coen | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

16/08/2007

EXCROISSANCES

Mexique/Etats-Unis, Europe/Maghreb : la civilisation occidentale détruit par sa prétention à l'universalisme et ne parvient pas à se protéger de sa morale utilitaire.

Avec quoi faut-il en finir ? Nous avons tant à abandonner. D'abord tenter de briser "la frénésie de l'organisation sans racine de l'homme normalisé", selon les termes heideggeriens de L'Introduction à la métaphysique.

"Lorsque le dernier petit coin du globe terrestre est devenu exploitable économiquement et que le temps comme provenance a disparu de l'être-là de tous les peuples, alors la question : "Pour quel but ? Où allons nous ? et quoi ensuite ?" est toujours présente et, à la façon d'un spectre, traverse toute cette sorcellerie". (M.H)

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Mala noche, de Gus van Sant

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Caché, de Mickael Haneke

13:50 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : Haneke, Gus van Sant, occident, universalisme | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

13/08/2007

NOUVEAU FRANCAIS

Tant que la méchanceté n'a pas mûri, elle est prête à tout moment à se transformer en hystérie. (Alexandre Block)

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People, de Fabien Onteniente

On peut tenter de se rasséréner par

16:35 | Lien permanent | Commentaires (31) | Tags : People, paparazzi, histrionisme, contrats | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

08/08/2007

PIETAS

Bergman envisage la mort (celle des autres comme celle qui nous attend) comme une empreinte insistante, colorant la vie-même de désirs éteints, d'ambitions inconstantes, de tristes inachèvements, d'actes manqués. Elle est le terme d'où pourtant tout découle. Scorsese la dépeint comme une ombre passagère, une obsession dont il faut parvenir à se défaire, un récit qu'il faudrait savoir taire, une pulsion qu'il convient de contrôler, afin d'être sauvé.
Les vieux mondes mélancoliques s'éteignent, déposant les armes sans plus rien maudire. Le nouveau monde hygiénique s'étend, allumant partout mais sans y croire, les contrefeux qui demain le ruineront.

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Cris et chuchotements, d'Ingmar Bergman : imaginer en tout instant notre mort.

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A tombeau ouvert, de Martin Scorsese : patienter en espérant la petite mort.

18:00 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : Ingmar Bergman, Martin Scorsese, mort, pietà | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

06/08/2007

VACANCY

Sous ses allures de série B ultra-violente et décomplexée, à une époque où le réalisateur Eli Roth est salué par Télérama, Motel de Nimrod Antal apparaît comme l'antidote hollywoodien idéal au Funny games d'Haneke, énumérant fébrilement tous les recours encore disponibles face à la barbarie, jusqu'à fausser le temps, afin que le crime n'ait pas lieu et qu'aucun malaise ne perdure, en clair qu'aucune question embarassante ne soit posée.
Dans le premier Argento, le héros bloqué entre deux portes de verre ne pouvait agir mais voyait tout. A cette impuissance passagère, gage de formalisation et de science futures, à cette immobilité inaugurale créant littéralement le mouvement du film, répondent quatre décennies plus tard les gesticulations de ce couple figé derrière la fenêtre de sa chambre, qui ne voit rien (tout se passe en sous-sol) mais ne cesse d'agir en tous sens ; ce qui lui permettra de retrouver ce qu'il pensait avoir perdu : un cocon.
A la tranquille singularité des personnalités répond l'indifférenciation volubile des hyperindividualistes ; à la réflexion posée, le bougisme ostentatoire.
Un film éminemment sarkozien ?

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L'oiseau au plumage de cristal, de Dario Argento


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Motel, de Nimrod Antal

12:20 | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : Taguieff, Antal, Motel, Argento | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |

02/08/2007

LA SOCIETE DES SOMMATIONS

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Simone, d'Andrew Niccol


Glissons !
Elle nous mène où il faut.
Pas d'atermoiements, sauf erreur,
Pas d'ennui.
C'est chaud, la Visa, mais ça tient.
Attention aux marches et attention au chambranle.
Eurydice en négatif, tu nous guides puisque tu ne te retournes pas !
On peut te filer.
Je m'consomme.
Je veux de la déco d'hôtel de passe décalée.
De la tentation.
Je veux de la découverte de peuplades,
Et beaucoup de contre-ut.
Pourquoi ces cris ?
On n'est pas bien là, dans le sillage des hanches, humant sans tituber ?
Rebrousser chemin ?
Trop tard pour singer autre chose !
Sous le linceul rayé comme un suaire de chez Dior,
Causes et peines perdues,
Les traits impeccablement tirés,
Enfin statufié.
Je m'empresse d'être attendu
Et je serais mort ?

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Blow out, de Brian de Palma

01/08/2007

SALUT

L'implacable sociologie dionysiaque de Maffesoli est la seule alternative crédible à celle de Muray, mais faut-il choisir ?
Quelques extraits de son dernier essai où la participation, l'initiation fraternelle, l'interdépendance reprennent leurs droits, envoyant aux oubliettes le besoin de domination des individualistes moraux.
Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann ont-ils vraiment existé, se demandent les chiens, un soir, à la veillée.


"...penser tout à la fois la décomposition du monde moderne et de sa morale universelle..."

"...il s'agit d'un travail de sape qui permettra l'effondrement de ces institutions totalement pourries...Rien ni personne ne se reconnaît plus en elles, et pourtant, comme si de rien n'était, elles continuent à dire le droit, à édicter ce qui devrait être."

"Disons-le tout net, la morale est cela même qui représente un monde qui n'est plus."

"Ce monde qui n'est plus, c'est celui reposant sur la foi messianique dans l'Histoire. L'Histoire, divinité des temps modernes, va fonder la morale universelle sur la croyance en sa Loi : celle de l'émancipation qu'elle propose. Les grands totalitarismes du XXe siècle auront, chacun, une interprétation de cette émancipation, mais l'utopie communiste, le millénarisme national-socialiste, ou la société sans risques du libéralisme ont, tous, un moteur identique : il y a un Salut possible."

(Michel Maffesoli, Le réenchantement du monde, La Table Ronde)

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Le jour d'après, de Roland Emmerich

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L'incendie du temple, de Monsu Desiderio

14:05 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Maffesoly, Muray, totalitarismes | |  del.icio.us | |  Facebook | | Digg! Digg |