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C I N E M A T I Q U E - Page 22

  • MUTATION

     

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    "Les gens que je vois, auxquels je parle, n'ont souvent plus rien d'humain que l'apparence extérieure : dedans, ce sont des monstres faits d'un mélange terne de simulacres qui n'ont plus le moindre souvenir de leur image originale. Des choses de l'indifférence. Des êtres du non-être, et qui lui appartiennent à leur insu totalement, incapables même de respecter eux-mêmes en eux-mêmes la vie dont ils sont vivants. Ils bougent, ils remuent, et c'est là leur seul alibi : s'agiter pour faire croire qu'on existe. Le mot-clé du monde moderne est « mutation », qui est le dernier nom et le programme de la Bête ; le nom vivant de Dieu chez les humains est « permanence »."

    (Armel Guerne, lettre du 10 septembre 1973 à Dom Claude Jean-Nesmy. Editions le Capucin, 2005)

     

     

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  • JUSTICE OU VENGEANCE ?

    Le lien du vendredi, c'est le nouveau numéro d'Eléments, disponibles en kiosques ou ici, qui s'intéresse aux rapports entre la justice et les idéologies. On y parle également littérature (Michel Déon ou Guy Dupré), cinéma (Rebatet, Ophuls...et Jérôme Tanner), philosophie (Badiou, Rosset, Orwell). On y trouve enfin de beaux textes d'humeur et de passion, comme la toujours remarquable chronique littéraire de Frédéric Guchemand, les propos sur Saint-Simon de Jean-Charles Personne, et la troublante évocation signée Thierry Marignac.

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  • L'OEUF DU SERPENT, D'INGMAR BERGMAN

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    Considéré comme le film le moins réussi d'Ingmar Bergman, L'Oeuf du serpent, s'il manque incontestablement de cohérence, n'en est pas moins une oeuvre remarquable, et c'est d'ailleurs cette hétérogénéité même qui concourt à son inquiétant attrait.

    Suivant dans le Berlin des années 20, juste avant le putsch raté d'Hitler, la déchéance d'Abel Rosenberg après le suicide de son frère, le cinéaste en effet, semble hésiter entre ses préoccupations habituelles, à savoir l'incommunicabilité foncière entre les sexes et sa tentative de sublimation dans la création artistique (les scènes d'intérieur entre Rosenberg et sa belle-sœur avec qui il cohabite ; les séquences de cabaret), et une autre matière, les passages obligés de la  reconstitution historique comme la recherche convenue des causes de l'avènement du nazisme (il s'agit à notre connaissance du seul film de l'auteur situé dans un lieu et un temps précis). Ces deux thématiques s'allient avec difficulté, et c'est justement ce qui crée le malaise du spectateur, car leur seul lien véritable, à savoir le dérèglement psychique du personnage principal, hystérise les conflits du couple (et l'on est alors plus proche du mélodrame que de la tragédie) et dans le même temps, connote excessivement l'environnement architectural ou politique de celui-ci (on est moins dans une adaptation de Kafka par Lang, contrairement à ce qu'on peut lire un peu partout sur ce film, et ce malgré les labyrinthes et les allusions à Mabuse, que dans une série B qu'aurait tourné Losey). Cette outrance est à l'origine même de l'effroi que l'on ressent devant ce film, sorte de version hardcore du Cabaret de Bob Fosse, tout particulièrement lors de l'agression d'un vieux couple de juifs par Rosenberg ivre, le plan du cheval dépecé en pleine rue, ou la séquence éprouvante du bordel, entre les rires de plus en plus stridents des prostituées et l'inquiétude puis la rage d'un client impuissant.

    Bergman finit par faire se rejoindre les deux facettes de son film, et donner par là même une explication à l'ambiguïté de leur association, lorsque l'on découvre que Rosenberg et son ex-belle sœur étaient en fait filmés à leur insu par un médecin allemand adepte d'expérimentations diverses sur le comportement humain (qu'il nous dévoile sur quelques terrifiantes bandes en noir et blanc). Ainsi le cinéaste suédois, en pleine dépression à l'époque du tournage, rapproche-t-il explicitement son propre besoin d'enregistrement des crises du couple, voire ses méthodes de travail avec ses acteurs, de l'anti-humanisme d'un médecin nazi affirmant, avant de se suicider sous nos yeux, que l'Homme « est une anomalie de la Création »...

    Radical dans son illustration du drame intérieur du cinéaste, L'œuf du serpent est bien le grand film d'épouvante d'Ingmar Bergman.

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  • PAROUSIE

    Du temps où je lisais la stimulante revue Cancer !, malheureusement éphémère, et les textes hauts en couleurs que ses rédacteurs avaient fait paraître (Têtes de turc et Gueules d'amour), j'avais une prédilection pour certains d'entre eux, dont la finesse d'analyse et le sens de la formule, en d'autres termes le profil d'écrivain, m'enthousiasmaient. Laurent James étaient de ceux-là. C'est donc avec un grand plaisir que j'ai découvert ce long entretien subversif, le lien de ce vendredi donc, exceptionnellement inclassable dans ses propos comme dans son style.

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  • L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE

    Avant de revenir au cinéma la semaine prochaine, voilà le texte sur le roman de Nabe sans interruption, pour ceux qui n'aiment pas la critique en feuilleton.
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        Lire d'une traite impossible le dernier livre de Marc-Edouard Nabe, ces 686 pages sans paragraphes ni chapitres, est avant tout une expérience physique. C'est expérimenter tout à la fois le second souffle des coureurs, celui qui vient se substituer au rythme précédent pour garder la cadence, et l'essoufflement des divers bougistes (1) de l'époque. C'est soupirer d'aise malgré l'absence de pause et souffrir de ne jamais savoir où marquer la page. C'est se prendre au jeu de la cavalcade, qui décime les volailles et envoie au ciel des odes émouvantes de matamore inquiet, tout en s'abritant des cabrioles veules, vulgaires, hégémoniques. C'est suivre en clopinant la pensée tout azimut d'un écrivain qui ne cesse de percer l'époque à jour (et s'il troue autant son tissu mou, il ne faut pas lui en vouloir, c'est avant tout pour respirer tant elle lui colle au visage), et subir avec vertige la bradypsychie effrénée des fêtards, qui se hâtent sans joie avant d'oublier sans mesure. Lire ce roman phénoménal, c'est expérimenter la jouissance du disjonctif, qui déclasse et réévalue à toute allure, tout en prenant conscience, une bonne fois pour toutes, de l'horreur moderne qui accumule et superpose.

        Précipité d'un lieu à l'autre dans le sillage d'un blogueur et de quelques jolies femmes, le narrateur virevolte en vitesse, une semaine durant, une décennie durant, ne cessant de perdre ses repères devant chaque nouvelle installation post-moderne et de retrouver ses maîtres en littérature dans la moindre ruelle parisienne, créant ainsi une sorte de surplace exténuant et grandiose, sous le joug de ce temps qui change tout, qui n'est plus celui de personne, puisque désormais « ce n'est même pas que rien ne soit comme avant, c'est que rien n'est plus comme tout de suite ». Tout est là devant nos yeux. Toutes les niches et les recoins où le moderne se dissimule pour noyer son chagrin (et son prochain) sont passées en revue. Spectaculaires, absurdes, inouïes, attachantes, odieuses. Tout paraît vrai dans ce voyage d'Alain au pays des Modernes, et pourtant rien ne nous est donné avec la morgue de l'auto-fiction, car ce périple dans de vrais lieux et avec de vrais gens (comme disent tous les faux culs) est d'abord un poème somnambulique, parnassien, métonymique en diable. A partir de situations tout à fait vraisemblables et qui semblent constituer un nouveau tome de son Journal, Nabe bifurque soudain vers le burlesque, prolonge dans l'insolite, dérape sur la digression, enveloppe d'onirisme. Ainsi donne-t-il la preuve qu'un grand roman est oxymorique ou n'est pas : c'est un journal intime qui ne se prend plus au sérieux, une enquête journalistique avec de l'audace et du style (et la première audace est d'avoir du style), une chronique mondaine métaphysique, un portrait de groupe égocentrique. Comme dans les pérégrinations d'Alice, le narrateur désemparé et velléitaire s'empresse puis ralentit, discourt sans pause ou dort profondément, guette et s'affale, éprouve dans sa chair les désastres du monde en même temps qu'il nourrit son esprit de leur beauté. C'est beau un désastre, mais à condition d'avoir assez de cœur pour l'identifier. Par l'entremise de quelques objets transitionnels (sac à main, poussette avec bébé, portable) qu'il s'agit de rendre à leur propriétaire, le principe de découverte s'avère comparable à celui employé par Lewis Carroll, d'une folie logique poussée à son comble, puisque ce qui permet au narrateur de passer le miroir, de se retrouver en plein dans le monde, est le choix d'arrêter d'écrire, ce qui ne sera pas sans conséquence loufoque, car c'est bien toute écriture que le narrateur a souhaité stopper, et pas uniquement celle de l'écrivain.

        En quittant la table de travail pour la rue, l'art pour le « réel », autrement dit le passé prestigieux pour sa recréation permanente, le narrateur s'enfonce aux enfers. Il découvre sans échappatoire possible que « l'original est le brouillon » et que c'est ici et maintenant que la valeur se forme. Il prend conscience que la dernière loi en vigueur est de refaire ce qui a déjà eu lieu, en mentant, en trahissant, en détournant, afin d'opérer une véritable « transfusion de sens ». Prenant acte de cette alchimie mortifère, Nabe corrige alors le programme de Je suis mort, qui détaillait à la première personne, avec minutie, de l'intervention des pompiers jusqu'à la mise en terre, tous les dérapages, les équivoques, les humeurs de ceux qui entouraient son cadavre, tandis que les situations pâlissaient sous le fard allusif et les personnages réels (Hallier et Sollers en tête) filaient doux sous la métaphore. A présent la réalité démaquillée reprend ses droits. Tous ses acteurs, à une lettre près, sont au rendez-vous, et pas une fois Nabe ne meurt. Celui-ci a choisi au contraire de ne plus rien cacher des petitesses et des grandeurs de tous les participants, d'explorer de fond en comble les lieux où ils s'ébattent, de décrire d'un bout à l'autre ce Grand Jeu : réunion d'adeptes adultes de jeux vidéos, cercle d'amateurs asexuels de pornographie, défilé décalé de haute-couture, exposition d'art contemporain démodé, ouverture d'hôtels à thèmes et fermeture de cinémathèque, assemblée d'écrivains et cohue de clients, séance de cinéma bollywoodien et représentation théâtrale d'arrière-garde avant-gardiste, conclave de dignitaires médiatiques et manifestations de décroissants, complotistes et échangistes de tout poil, poètes du jour et écrivains d'avant, femmes intouchables et hommes insistants, acteurs célestes, clochards mythiques...

        Si l'on ose l'analogie cinématographique, L'homme qui arrêta d'écrire est construit, comme la plupart des films de Fellini depuis 8 et demi, par la juxtaposition de grands blocs narratifs, liés entre eux comme chez Lynch par la grâce d'endormissements subits, de rêves éveillés, de pauses sensorielles. La cerise sur le gâteau étant que ce qui se déroule sous nos yeux garde la cruauté sociétale d'un Clouzot. Et c'est en cela que ce roman se distingue de la remarquable satire de Philippe Muray, On ferme (2), tout aussi échevelée, déstructurée par les sons de l'époque, parasitée par la somme de principes à fausser et de lois à enfreindre : là où Muray jouait l'outrance pour mieux donner à voir le monde moderne, tant celui-ci lui paraissait hyperbolique par essence, et assénait au lecteur 'voici ce que vous pourriez devenir', c'est-à-dire selon la terminologie du roman, des Transformés, Nabe ose la transposition absolue et affirme 'voilà ce que nous avons été'. Voilà le monde où nous avons grandi puis vieilli, voilà le monde sans dieux, sans maîtres ni joie, où le proverbe est subverti, où « c'est ringard la lune, car ce qui est moderne c'est de regarder le doigt. C'est d'exposer le doigt. C'est de faire un doigt d'honneur à la lune. ». Alors ne rien cacher (la transparence obligatoire prônée par les cachottiers du système prise à son propre piège) et ne rien lâcher (ne renier aucun amour passé, aucune violence verbale, aucun mot dépassant la pensée), non pas pour rire de l'époque, ou la pourfendre, mais afin de la sublimer, d'en épouser le rythme pour mieux la circonvenir, de l'embrasser jusqu'à ce qu'elle succombe et qu'enfin alors, elle vaille la peine qu'elle nous fait. Si Nabe construit un récit anti-naturaliste au possible, cela ne l'empêche jamais de dévoiler la vérité de ce temps, bien au contraire, c'est par son lyrisme même, et son décalage, qu'il dit juste, comme à la fin du XIXè siècle, les symbolistes ou les décadents dont il est en quelque sorte l'héritier. Rétrospectivement, ce sont bien les écrits excessifs et flamboyants de Villiers de l'Isle-Adam, de Lautréamont, de Mallarmé, qui ont vu clair dans le jeu de la société, tandis que l'école-Zola se complaisait à en peindre l'eau trouble.

        Et c'est ainsi que Nabe, littérairement, poétiquement, politiquement, se veut un idéaliste dessillé face aux naïfs qui raisonnent, un mystique incompréhensible aux positivistes toujours renaissants, un kamikaze narguant les divers agents de sécurité, un poète parmi les p(r)oseurs. C'en est tout à la fois réjouissant et agaçant, car il y a tant de trublions officiels, d'affreux jojos homologués, de chenapans conformes, que tout individu faisant à tue-tête un pas de côté mérite d'abord d'être pris pour un imposteur. Etranger aux délires réglés des complotistes, « qui sont contre la discontinuité de la vie même », comme au désordre terminal des artistes qui la singent, Marc-Edouard Nabe n'est cependant récupérable ni par les soldats de l'Empire (et ça fait vingt-cinq ans que ça dure) ni par les insurgés qui en jouent d'abord le jeu (et qui prennent ses libertés pour des contradictions). Il est bien ce Quichotte inversé qu'un personnage du roman remercie de la sorte : « on te fait croire que tu t'attaques à des moulins à vent, mais tout le monde sait que ce sont vraiment des géants ». Sous les postures, la page. On n'a rien compris à Nabe si on le réduit à son avatar médiatique, contraint de parer toujours au plus pressé, car ce qui fait mouche c'est sa verve écrite et rien d'autre. Lire L'homme qui arrêta d'écrire, c'est enfin accepter de ne plus s'en laisser conter.

     Quelle est la place d'un tel livre à un moment de l'histoire de la littérature où de toute évidence, selon les mots mêmes de l'auteur, la seule activité encore honorable est « d'écrire de l'impubliable pur » ? Ce roman est d'abord un viatique, celui grâce auquel un écrivain parvient en toute innocence à traverser l'enfer et prétendre au paradis, avec le lecteur à sa suite. Le lecteur, mais pas n'importe lequel : « j'écris pour le second lecteur, nous dit Nabe, celui qui ne se prend pas pour le lecteur. (...) Il faut que le lecteur s'identifie à moi et pas au lecteur sinon il est foutu ». Il est évident qu'il s'agit là de comprendre le parcours des narrateurs successifs de ses six romans précédents, et de tenter le même saut, ce qui n'a rien à avoir avec plagier ses admirations, singer ses dégoûts, pasticher son écriture, s'en faire une belle armure comme tant d'apprentis depuis le Régal. Cette épopée allégorique, avec ses tourmenteurs, ses traîtres, ses démons, ses spectres et ses bonnes âmes, chacun doit la vivre à son tour. Les allusions sont limpides et ludiques, qui nous montrent le chemin emprunté par Dante : l'Enfer parisien au parcours géographique circulaire, le guide dont le pseudo de blogueur est « Virgile », les différentes rencontres, comme autant de stations, avec les amis d'autrefois, la famille et les célébrités, cette jeune fille qui prend le relais de Virgile après le Purgatoire (la boîte échangiste ?), pour enfin atteindre la bien nommée place de l'Etoile autour de laquelle il s'agit de tourner, et puis cette échappée en banlieue, cette communion ultime avec le ciel, les étoiles, la Vierge et même Saint Bernard de Clairvaux, du moins dans une dernière pirouette puisqu'il s'agit d'un chien avec un tonneau accroché au collier, fin illuminée semblable à celle du Paradis, qui par un hasard merveilleux fait tout juste 686 pages (3) ...

     Le parcours est bien fléché, mais ce n'est pas ce qui importe, les farces et attrapes disposés en douce par le narrateur tout au long de son périple nous l'ayant assez explicité. Ces jalons, c'est de la comédie, ce qui compte c'est le terme divin. Comme dans le proverbe, c'est bien la lune qu'il s'agit de regarder, et sans ciller. Un grand roman n'est là au fond que pour entériner de petites choses essentielles, leur donner du corps, éviter qu'elles ne deviennent anodines du fait justement de leur simplicité. Celui-ci ne tient, malgré son envergure, ses références et sa fièvre écrasantes, qu'à rappeler que la joie peut entamer l'aigreur, et que le narcissisme le plus haut en couleurs finit par déboucher sur l'humble quête de l'autre. Nous le savions déjà sans doute, nous en faisions même le vœu, mais encore fallait-il l'écrire ainsi. Les années 2000 ont enfin leur roman puisqu'elles sont finies. Quant à l'avenir, Nabe nous ouvre la marche : il est à la fois la mare accueillante et le pavé frondeur, il s'assomme et du coup nous réveille, éclabousse son caban framboise écrasée de toutes les ordures en activité, pour mieux les sauver, et nous à sa suite. On voit mal comment ne pas le remercier.

     

    (1) Selon la terminologie de P-A Taguieff, in Résister au bougisme. Mille et une nuit, 2001.

    (2) Philippe Muray. On ferme. Les Belles Lettres, 1997

    (3) Dante Alighieri. La Divine comédie. L'Enfer ; Le Purgatoire ; Le Paradis (trois volumes). Le Club Français du Livre, 1964

     

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  • L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE (5/5)

    Quelle est la place d'un tel livre à un moment de l'histoire de la littérature où de toute évidence, selon les mots mêmes de l'auteur, la seule activité encore honorable est « d'écrire de l'impubliable pur » ? Ce roman est d'abord un viatique, celui grâce auquel un écrivain parvient en toute innocence à traverser l'enfer et prétendre au paradis, avec le lecteur à sa suite. Le lecteur, mais pas n'importe lequel : « j'écris pour le second lecteur, nous dit Nabe, celui qui ne se prend pas pour le lecteur. (...) Il faut que le lecteur s'identifie à moi et pas au lecteur sinon il est foutu ». Il est évident qu'il s'agit là de comprendre le parcours des narrateurs successifs de ses six romans précédents, et de tenter le même saut, ce qui n'a rien à avoir avec plagier ses admirations, singer ses dégoûts, pasticher son écriture, s'en faire une belle armure comme tant d'apprentis depuis le Régal (1). Cette épopée allégorique, avec ses tourmenteurs, ses traîtres, ses démons, ses spectres et ses bonnes âmes, chacun doit la vivre à son tour. Les allusions sont limpides et ludiques, qui nous montrent le chemin emprunté par Dante : l'Enfer parisien au parcours géographique circulaire, le guide dont le pseudo de blogueur est « Virgile », les différentes rencontres, comme autant de stations, avec les amis d'autrefois, la famille et les célébrités, cette jeune fille qui prend le relais de Virgile après le Purgatoire (la boîte échangiste ?), pour enfin atteindre la bien nommée place de l'Etoile autour de laquelle il s'agit de tourner, et puis cette échappée en banlieue, cette communion ultime avec le ciel, les étoiles, la Vierge et même Saint Bernard de Clairvaux, du moins dans une dernière pirouette puisqu'il s'agit d'un chien avec un tonneau accroché au collier, fin illuminée semblable à celle du Paradis, qui par un hasard merveilleux fait tout juste 686 pages (2)...

     Le parcours est bien fléché, mais ce n'est pas ce qui importe, les farces et attrapes disposés en douce par le narrateur tout au long de son périple nous l'ayant assez explicité. Ces jalons, c'est de la comédie, ce qui compte c'est le terme divin. Comme dans le proverbe, c'est bien la lune qu'il s'agit de regarder, et sans ciller. Un grand roman n'est là au fond que pour entériner de petites choses essentielles, leur donner du corps, éviter qu'elles ne deviennent anodines du fait justement de leur simplicité. Celui-ci ne tient, malgré son envergure, ses références et sa fièvre écrasantes, qu'à rappeler que la joie peut entamer l'aigreur, et que le narcissisme le plus haut en couleurs finit par déboucher sur l'humble quête de l'autre. Nous le savions déjà sans doute, nous en faisions même le vœu, mais encore fallait-il l'écrire ainsi. Les années 2000 ont enfin leur roman puisqu'elles sont finies. Quant à l'avenir, Nabe nous ouvre la marche : il est à la fois la mare accueillante et le pavé frondeur, il s'assomme et du coup nous réveille, éclabousse son caban framboise écrasée de toutes les ordures en activité, pour mieux les sauver, et nous à sa suite. On voit mal comment ne pas le remercier.

     

    (1) Marc-Edouard Nabe. Au Régal des vermines. Barrault, 1985

    (2) Dante Alighieri. La Divine comédie. L'Enfer ; Le Purgatoire ; Le Paradis (trois volumes). Le Club Français du Livre, 1964

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  • L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (4/5)

    Et c'est ainsi que Nabe, littérairement, poétiquement, politiquement, se veut un idéaliste dessillé face aux naïfs qui raisonnent, un mystique incompréhensible aux positivistes toujours renaissants, un kamikaze narguant les divers agents de sécurité, un poète parmi les p(r)oseurs. C'en est tout à la fois réjouissant et agaçant, car il y a tant de trublions officiels, d'affreux jojos homologués, de chenapans conformes, que tout individu faisant à tue-tête un pas de côté mérite d'abord d'être pris pour un imposteur. Etranger aux délires réglés des complotistes, « qui sont contre la discontinuité de la vie même », comme au désordre terminal des artistes qui la singent, Marc-Edouard Nabe n'est cependant récupérable ni par les soldats de l'Empire (et ça fait vingt-cinq ans que ça dure) ni par les insurgés qui en jouent d'abord le jeu (et qui prennent ses libertés pour des contradictions). Il est bien ce Quichotte inversé qu'un personnage du roman remercie de la sorte : « on te fait croire que tu t'attaques à des moulins à vent, mais tout le monde sait que ce sont vraiment des géants ». Sous les postures, la page. On n'a rien compris à Nabe si on le réduit à son avatar médiatique, contraint de parer toujours au plus pressé, car ce qui fait mouche c'est sa verve écrite et rien d'autre. Lire L'homme qui arrêta d'écrire, c'est enfin accepter de ne plus s'en laisser conter.

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  • L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (3/5)

     En quittant la table de travail pour la rue, l'art pour le « réel », autrement dit le passé prestigieux pour sa recréation permanente, le narrateur s'enfonce aux enfers. Il découvre sans échappatoire possible que « l'original est le brouillon » et que c'est ici et maintenant que la valeur se forme. Il prend conscience que la dernière loi en vigueur est de refaire ce qui a déjà eu lieu, en mentant, en trahissant, en détournant, afin d'opérer une véritable « transfusion de sens ». Prenant acte de cette alchimie mortifère, Nabe corrige alors le programme de Je suis mort (1), qui détaillait à la première personne, avec minutie, de l'intervention des pompiers jusqu'à la mise en terre, tous les dérapages, les équivoques, les humeurs de ceux qui entouraient son cadavre, tandis que les situations pâlissaient sous le fard allusif et les personnages réels (Hallier et Sollers en tête) filaient doux sous la métaphore. A présent la réalité démaquillée reprend ses droits. Tous ses acteurs, à une lettre près, sont au rendez-vous, et pas une fois Nabe ne meurt. Celui-ci a choisi au contraire de ne plus rien cacher des petitesses et des grandeurs de tous les participants, d'explorer de fond en comble les lieux où ils s'ébattent, de décrire d'un bout à l'autre ce Grand Jeu : réunion d'adeptes adultes de jeux vidéos, cercle d'amateurs asexuels de pornographie, défilé décalé de haute-couture, exposition d'art contemporain démodé, ouverture d'hôtels à thèmes et fermeture de cinémathèque, assemblée d'écrivains et cohue de clients, séance de cinéma bollywoodien et représentation théâtrale d'arrière-garde avant-gardiste, conclave de dignitaires médiatiques et manifestations de décroissants, complotistes et échangistes de tout poil, poètes du jour et écrivains d'avant, femmes intouchables et splendides, hommes épais et insistants, acteurs célestes, clochards mythiques...

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     Si l'on ose l'analogie cinématographique, L'homme qui arrêta d'écrire est construit, comme la plupart des films de Fellini depuis 8 et demi, par la juxtaposition de grands blocs narratifs, liés entre eux comme chez Lynch par la grâce d'endormissements subits, de rêves éveillés, de pauses sensorielles. La cerise sur le gâteau étant que ce qui se déroule sous nos yeux garde la cruauté sociétale d'un Clouzot. Et c'est en cela que ce roman se distingue de la remarquable satire de Philippe Muray, On ferme (2), tout aussi échevelée, déstructurée par les sons de l'époque, parasitée par la somme de principes à fausser et de lois à enfreindre : là où Muray jouait l'outrance pour mieux donner à voir le monde moderne, tant celui-ci lui paraissait hyperbolique par essence, et assénait au lecteur 'voici ce que vous pourriez devenir', c'est-à-dire selon la terminologie du roman, des Transformés, Nabe ose la transposition absolue et affirme 'voilà ce que nous avons été'. Voilà le monde où nous avons grandi puis vieilli, voilà le monde sans dieux, sans maîtres ni joie, où le proverbe est subverti, où « c'est ringard la lune, car ce qui est moderne c'est de regarder le doigt. C'est d'exposer le doigt. C'est de faire un doigt d'honneur à la lune. ». Alors ne rien cacher (la transparence obligatoire prônée par les cachottiers du système prise à son propre piège) et ne rien lâcher (ne renier aucun amour passé, aucune violence verbale, aucun mot dépassant la pensée), non pas pour rire de l'époque, ou la pourfendre, mais afin de la sublimer, d'en épouser le rythme pour mieux la circonvenir, de l'embrasser jusqu'à ce qu'elle succombe et qu'enfin alors, elle vaille la peine qu'elle nous fait. Si Nabe construit un récit anti-naturaliste au possible, cela ne l'empêche jamais de dévoiler la vérité de ce temps, bien au contraire, c'est par son lyrisme même, et son décalage, qu'il dit juste, comme à la fin du XIXè siècle, les symbolistes ou les décadents dont il est l'héritier. Rétrospectivement, ce sont bien les écrits excessifs et flamboyants de Villiers de l'Isle-Adam, de Lautréamont, de Mallarmé, qui ont vu clair dans le jeu de la société, tandis que l'école-Zola se complaisait à en peindre l'eau trouble.

    (1) Marc-Edouard Nabe. Je suis mort. Gallimard, 1998

    (2) Philippe Muray. On ferme. Les Belles Lettres, 1997

    (A suivre)

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  • L'HOMME QUI ARRETA D'ECRIRE (2/5)

    Précipité d'un lieu à l'autre dans le sillage d'un blogueur et de quelques jolies femmes, le narrateur virevolte en vitesse, une semaine durant, une décennie durant, ne cessant de perdre ses repères devant chaque nouvelle installation post-moderne et de retrouver ses maîtres en littérature dans la moindre ruelle parisienne, créant ainsi une sorte de surplace exténuant et grandiose, sous le joug de ce temps qui change tout, qui n'est plus celui de personne, puisque désormais « ce n'est même pas que rien ne soit comme avant, c'est que rien n'est plus comme tout de suite ». Tout est là devant nos yeux. Toutes les niches et les recoins où le moderne se dissimule pour noyer son chagrin (et son prochain) sont passées en revue. Spectaculaires, absurdes, inouïes, attachantes, odieuses. Tout paraît vrai dans ce voyage d'Alain au pays des Modernes, et pourtant rien ne nous est donné avec la morgue de l'auto-fiction, car ce périple dans de vrais lieux et avec de vrais gens (comme disent tous les faux culs) est d'abord un poème somnambulique, parnassien, métonymique en diable. A partir de situations tout à fait vraisemblables et qui semblent constituer un nouveau tome de son Journal, Nabe bifurque soudain vers le burlesque, prolonge dans l'insolite, dérape sur la digression, enveloppe d'onirisme. Ainsi donne-t-il la preuve qu'un grand roman est oxymorique ou n'est pas : c'est un journal intime qui ne se prend plus au sérieux, une enquête journalistique avec de l'audace et du style (et la première audace est d'avoir du style), une chronique mondaine métaphysique, un portrait de groupe égocentrique.

    Comme dans les pérégrinations d'Alice, le narrateur désemparé et velléitaire s'empresse puis ralentit, discourt sans pause ou dort profondément, guette et s'affale, éprouve dans sa chair les désastres du monde en même temps qu'il nourrit son esprit de leur beauté. C'est beau un désastre, mais à condition d'avoir assez de cœur pour l'identifier. Par l'entremise de quelques objets transitionnels (sac à main, poussette avec bébé, portable) qu'il s'agit de rendre à leur propriétaire, le principe de découverte s'avère comparable à celui employé par Lewis Carroll, d'une folie logique poussée à son comble, puisque ce qui permet au narrateur de passer le miroir, de se retrouver en plein dans le monde, est le choix d'arrêter d'écrire, ce qui ne sera pas sans conséquence loufoque, car c'est bien toute écriture que le narrateur a souhaité stopper, et pas uniquement celle de l'écrivain.

    (A suivre)

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  • L'HOMME QUi ARRETA D'ECRIRE (1/5)

    Lire d'une traite impossible le dernier livre de Marc-Edouard Nabe, ces 686 pages sans paragraphes ni chapitres, est avant tout une expérience physique. C'est expérimenter tout à la fois le second souffle des coureurs, celui qui vient se substituer au rythme précédent pour garder la cadence, et l'essoufflement des divers bougistes de l'époque (1). C'est soupirer d'aise malgré l'absence de pause et souffrir de ne jamais savoir où marquer la page. C'est se prendre au jeu de la cavalcade, qui décime les volailles et envoie au ciel des odes émouvantes de matamore inquiet, tout en s'abritant des cavalcades veules, vulgaires, hégémoniques. C'est suivre en clopinant la pensée tout azimut d'un écrivain qui ne cesse de percer l'époque à jour (et s'il troue autant son tissu mou, il ne faut pas lui en vouloir, c'est avant tout pour respirer tant elle lui colle au visage) et subir avec vertige la bradypsychie effrénée des fêtards, qui se hâtent sans joie avant d'oublier sans mesure. Lire ce roman phénoménal, c'est expérimenter la jouissance du disjonctif, qui déclasse et réévalue à toute allure, tout en prenant conscience, une bonne fois pour toutes, de l'horreur moderne qui accumule et superpose.

    1- selon la terminologie de P-A Taguieff in Résister au bougisme. Mille et une nuit éditions, 2001

    (A suivre)

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  • MECHANTS

    Pour les liens du vendredi, on peut se diriger vers la critique délicieusement hargneuse de Vincent Malausa sur le "film" de Berry/Besson publiée par Chronicart, ou lire la plume assassine de Charles de Zohiloff (le lien à gauche pour le blog Kühe) sur les compromissions consanguines d'un certain cinéma français, celui en général qui prétend faire la leçon.

    Sinon, pour rester dans la méchanceté, Cinématique inaugurera Lundi la "semaine Nabe" avec un long texte sur le prodigieux Homme qui arrêta d'écrire, découpé en cinq pour faire durer le plaisir.

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  • RETARD

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    J'ai toujours trop pensé pour daigner agir.
    (Villiers de l'Isle-Adam, Axel)
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  • LE REGARD ET LA VOIX

    La critique littéraire et cinématographique à l'honneur ce vendredi, avec ce texte sur Modiano, et ce point de vue sur le film d'Alain Fleischer autour des conversations de Godard.

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  • THE GHOST WRITER, DE ROMAN POLANSKI

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    The Ghost writer est sympathique en dépit de sa roublardise, ne serait-ce que parce qu'il s'obstine à tenir son sujet, à assumer sa progression dramatique sans rougir, c'est-à-dire sans jouer la digression, à oser maintenir de bout en bout un style et une morale néo-classiques quand d'autres enragent de n'être jamais assez post-modernes. Ainsi, l'image présente ne sera-t-elle jamais sûre (les apparences varient dangereusement des plans américains de l'intimité aux gros plans médiatiques) tandis que ce qui a été écrit, demeure déterminant, parce qu'il dévoile et révèle (un numéro de téléphone griffonné sur une pochette, certaines phrases d'un manuscrit, un ancien parcours par GPS, une révélation scandaleuse sur un bout de papier).

    Bien sûr, les relations entre les personnages de Polanski sont toujours aussi problématiques: il y a une véritable ambivalence empotée dans leurs liens, une difficulté à saisir chez l'un, le retentissement des propos de l'autre, à observer chez celui-ci les variations physiques, ou psychiques, favorisés par les agissements de celui-là, mais ce côté guindé et maladroit qui affleure dans chaque portrait de groupe comme dans la plupart des scènes intimistes, ajoute ici à l'atmosphère instable, concourt à la gêne du spectateur qui s'identifie au malaise du nègre de l'ex-premier ministre (le « ghost writer » du titre, sans aucune avance sur le spectateur et présent dans tous les plans), si bien qu'elle paraît acceptable. On rencontre toutefois cette même gaucherie relationnelle dans la plupart des films de Polanski, qui peut aller de soi au sein de la loufoquerie morbide de Cul-de-sac, de l'onirisme inquiétant du Locataire, du sous-texte paranoïaque de Rosemary's baby, mais paraît plutôt déplacée dans des films comme Pirates, Oliver Twist ou surtout Tess, laissant craindre une véritable incapacité à représenter des conflits et des attirances qui ne soient pas de l'ordre du simulacre, à proposer des rapports inter-individuels débarrassés de l'apparat du grotesque, même atténué. Tout comme la farce n'est souvent qu'une tragédie mal ficelée, l'ambiguïté des personnages n'est parfois qu'une approche des caractères mal dégrossie, une manière confortable, et assez arrogante, d'observer sans finesse. De même ces champs/contrechamps des plus classiques, où soudain l'axe se modifie, la focale s'élargie, un visage trop près de l'écran, une cigarette excessivement cadrée, comme pour mieux accentuer la tension dramatique, et dont on n'est jamais sûr, puisque les séquences suivantes reprennent une forme conventionnelle, que les écarts gentiment maniéristes soient bien volontaires.

    Il y a plus ennuyeux. Polanski, et cela demeure sans doute le meilleur du film, ne traite pas tant son héros selon des principes hitchcockiens que langiens puisque celui-ci a moins à faire avec une manipulation à déjouer qu'une culpabilité, la sienne, à refouler. Cependant, il ne fait respirer son film que par des détails sur-signifiants, éparpillés à intervalles réguliers, qui en atténuent la gravité et la replace dans un jeu verrouillé, où la justesse de l'enjeu moral compte moins finalement que le timing du découpage. Ainsi toutes ces vignettes (le jardinier qui lutte en vain contre le vent, la réceptionniste costumée de l'hôtel, le vieil Eli Wallach au discours décisif, les chaussons du nègre d'avant), qui apparaissent entre des rideaux, sous un couvre-lit, derrière une vitre, comme pour mieux assurer de leur nature théâtrale, viennent-elles alourdir le propos, secrets métaphoriques derrière la porte qui insistent et en rajoutent sur la valse des apparences et l'inutilité des énigmes, sur la satire comme horizon.

    Il serait vain de nier le plaisir que procure la vision de The Ghost writer, mais le plaisir aussi peut laisser sur sa faim.

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